Au 36è régiment d'infanterie

Publié le par Paddygenéalo

Ce post est le premier d’une série qui sera consacrée au 36è régiment d’infanterie, ou plutôt à son parcours entre le 20 avril 1918 et la fin de la guerre.

Evidemment, aucun hasard. Le 20 avril 1918, Lyonnel Bernard, dix-neuf ans, était incorporé au 36è régiment d’infanterie. Cinquante ans plus tard, c’est lui qui déclarait en mairie ma naissance, en qualité de grand-père du nouveau-né. De lui, j’ai pris l’habitude de poivrer mon assiette, et quelques autres traits. Mais non, je ne prends pas une banane en dessert.

La guerre, la « grande », je ne l’ai jamais entendu en parler, ou alors je ne m’en souviens pas. De l’autre, la seconde, il en parlait, mais pas de la guerre elle-même, non, plutôt de l’occupation, de cette armée allemande où, finalement, il y avait pas mal de braves types qui ne rêvaient que d’une chose : rentrer chez eux. Ils étaient commandés par des monstres, mais c’est une autre histoire. De la première, donc, pépé n’en parlait pas. Peut-être, si je l’avais interrogé, aurait-il raconté. Mais quand il nous a quittés, en 1979, il n’était sans doute pas encore temps.

C’est au travers de recherches généalogiques que j’ai fini par identifier sa participation à la guerre de 14. Je savais qu’il y avait été et j’ai un temps cherché vainement sa fiche matricule dans le Nord, d’où sa famille de bateliers était originaire. Lui-même était né à Chauny, dans l’Aisne, au hasard des voyages du bateau et ce n’est que bien après le début de mes recherches que son acte de naissance a été disponible. De toute manière, il ne m’apprend rien sur son passage sous les drapeaux. C’est le « centenaire » qui m’a mis sur sa piste. Et plus particulièrement le site « Grand Mémorial » dont l’existence me fut révélée le 11 novembre 2014, lors du reportage télévisé consacré à l’inauguration de l’anneau de la mémoire à Vimy ?

J’ai cherché et l’ai trouvé. Pas dans le Nord, mais à Rouen. En y repensant, c’est assez logique : la famille fréquentait l’Oise et la Seine depuis longtemps, comme en atteste la naissance de mon arrière-grand-père Clotère Charlemagne Bernard à Pontoise (celle qui deviendrait mon arrière-grand-mère, Estelle Blasseau est, quant à elle, née en Belgique au hasard des parcours d’un autre bateau). C’est ainsi qu’il fut affecté à ce régiment en principe normand. Sa fiche matricule ne m’apprend pas grand-chose sur cette période et bizarrement comporte bien plus d’informations sur sa relation avec l’armée une fois qu’il a été rendu à la vie civile. Tout ce qu’elle apprend de la période de guerre est qu’il fut incorporé au 36è régiment d’infanterie.

Mais fut-il immédiatement envoyé rejoindre l’unité au front ? Passa-t-il par une période d’instruction ? Rien n’est dit. Peut-être existe-t-il des archives qui permettraient de le savoir, je ne les ai pas trouvées. Le journal (JMO) du régiment n’indique pas l’arrivée de nouvelles recrues. Pourtant, les pertes ont été sévères et il est certain qu’au fil du temps de nouveaux soldats ont rejoint les combats. Sans aucun doute, il en fut. Quand ? Où ? Je ne sais. A-t-il participé aux combats dans les Flandres dès mai 1918 ? Peut-être… Si c’est le cas, il en a réchappé, mais sans doute pas complètement : fit il partie de la litanie des « intoxiqué » comme on désigne ceux qui ont été atteint par les gaz ? Je sais qu’il les a rencontrés, mais est-ce en Flandres en mai 1918 ? La fiche matricule indique seulement qu'il est passé au 2è bataillon du 36è RI le 6/11/1918. Qui sait, il n'a peut-être rejoint le front que juste avant l'armistice. Ce n'est pas très important.

Je n’ai pas beaucoup parlé du 36è RI. Au fond, ce n’est pas le sujet. Que les adorateurs de la chose militaire comprennent : je ne suis pas des leurs, je ne renie en rien mes convictions antimilitaristes de jeunesse. Au fil de mes recherches généalogiques, j’ai découvert que ma famille, comme toutes les familles, avait payé son tribut entre 1914 et 1918. Je n’ai pas fait le compte des cousins, germains ou plus éloignés, tombés au front, sacrifiés par des généraux imbéciles qui n’attachaient guère de valeur à la vie de ces hommes.

Gloire, honneur, sacrifice, et patrie dans ce contexte sont des mots vides de sens. Mais je n’oublie pas ceux qui sont morts, je n’oublie pas non plus que la Nation, y compris dans ses composantes que certains rejettent aujourd'hui, ne s’est pas forgée qu’à Valmy, mais aussi dans les tranchées de la Marne ou de Flandres.

Et surtout je n’oublie ni mon grand-père, ni tous ceux qui comme lui ont été plongés dans cela.

 

Extrait du JMO du 36èRI au 20 mai 1918

Extrait du JMO du 36èRI au 20 mai 1918

Publié dans 14-18

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