Ouf, ils n'étaient pas nobles!

Publié le par Paddygenéalo

 

C’est sûr, pour beaucoup de mes collègues généalogistes amateurs, trouver une branche noble est un espoir, voire un objectif. J’admets que cela permet de remonter loin, très loin… J’ai d’ailleurs trouvé une généalogie, que je qualifierai de fantaisiste qui rattache, d’une façon plus que « osée » certains de mes ancêtres à des de Machin de Meschoses et ainsi arrivent à rejoindre je ne sais plus quels pharaons ou rois de Mésopotamie.

Mais enfin, quand on espère bien trouver un jour une parenté avec Robespierre, on ne peut être enthousiaste à l’idée d’une ascendance noble, même fort lointaine. Oui, Robespierre… J’ai, comme beaucoup de monde, voire comme tout le monde, des « notables » dans mes aïeux. Et ceux là nouaient des alliances matrimoniales avec les autres notables du nord de la France. De là à penser qu’à un moment ou un autre ils se sont alliés avec les ancêtres de Maximilien…

Mais je m’égare… Je voulais juste planter le décor.

Au début de mes recherches, en pleine remontée à marche forcée vers les limites des registres d’église, j’avais trouvé un ancêtre dit « né à Blois » alors que ses enfants, plus tard installés à Fresnes-sur-Escaut, venaient de Charleroi. J’avais trouvé d’autres ancêtres exotiques comme celui-là et je n’y avais pas plus prêté attention dans la mesure où aller chercher à Blois, ou aux environs, sur cette seule base, en plein XVIIè siècle était illsoire.

Et puis, profitant d’une « offre d’essai premium » de Geneanet, je me suis amusé à comparer mon arbre avec ceux de mes « cousins » (oui, le terme, même affublé de « généalogique » , est un peu abusif). Et au milieu de tout cela, j’ai retrouvé ces Rousseau de Charleroi. De Jumet plus précisément : aujourd’hui, puisque la Belgique a été plus raisonnable que la France et a fusionné ses communes, Jumet n’est plus qu’un quartier de Charleroi mais à l’époque, c’était une paroisse plein et entière.

Surprise : plusieurs arbres en ligne affirment que ces Rousseau sont en fait des « Rousseau de Pontigny » descendants d’une vieille famille bourguignonne et dont l’ancêtre fondateur de la lignée de Charleroi serait arrivé là quand les français, avec Louis XIV, ont pris la ville aux espagnols. Et en plus, c’est documenté…

 

Page 336 du document trouvé sur Gallica

Page 336 du document trouvé sur Gallica

 

Bref, de quoi déranger un cousin putatif de Robespierre.

Seulement voilà, la source (que l’on trouve facilement sur Gallica) est un peu unique. Certes, elle s’appelle Nobilaire Universel de France, page 335, publié en 1815 mais rien avant, rien après. Et puis comment expliquer que les rejetons d’une telle famille soient allé s’installer à Frenes-sur-Escaut et surtout s’y marier avec non seulement des roturiers mais bien des gens d’une extraction qu’on peut, au mieux, qualifier de toute petite bourgeoisie.

Non, vraiment, cette origine noble n’est pas crédible. Elle l’est d’autant moins que le fameux Rousseau de Pontigny de Charleroi ne colle pas du tout aux actes de baptêmes et de mariage qui sont conservés aux archives belges. Les Rousseau qui m’intéressent sont des descendants de Pierre Rousseau, marié à Antoinette Souply et non de Jean-François Rousseau sieur de Pontigny. Alors, d’où tout cela vient-il ?

L'acte de mariage de Pierre Rousseau n'a rien de celui d'un noble en 1675!

L'acte de mariage de Pierre Rousseau n'a rien de celui d'un noble en 1675!

 

Eh bien les Rousseau de Jumet ont émigré, sans doute parce qu’ils s’étaient spécialisés dans des techniques minières. Ainsi, l’un d’entre eux est devenu un magnat de l’ardoise à Rimogne dans les Ardennes. C’est lui, ou plutôt l’un de ses descendants qui a dû considérer que sa fortune, qui semble avoir été considérable, méritait bien un titre de noblesse.

J’aurais été bien incapable de démêler tout cela mais un spécialiste de Rimogne l’a fait pour tous les parents de ces Rousseau qui seraient tentés de croire à la fable du Rousseau de Pontiny et note les points suivants :

  1. Le sieur Rousseau de Pontigny n’est appelé que « de Pontigny » quand il est ailleurs qu’à Charleroi
  2. Si les Rousseau de Rimogne se sont bien attribués le blason du Rousseau de Pontigny ils n’y a aucune trace des titres qu’ils revendiquent
  3. Pierre Rousseau et le sieur Jean François Rousseau de Pontigny sont bien contemporains et ont été présents à Charleroi à la même époque : ils ont tous deux passé des actes auprès du notaire Lambert Molle. Mais justement, la rédaction, soigné pour le second mais ordinaire pour le manant Rousseau montre, s’il le fallait, qu’il s’agit de deux personnes.
  4. Il apparait que les Rousseau de Rimogne ont commandé à une officine spécialisée une généalogie sur mesure, c’est probablement elle qui a été retrouvée dans le fameux nobiliaire universel de 1815

Ainsi donc, la logique est respectée et ces Rousseau de Jumet n’ont rien de noble. Il se trouve juste qu’une branche d’entre eux à fait fortune, à partir d’une situation probablement de petite bourgeoisie, et a, comme bien d’autres, voulu se donner des ancêtres convenant mieux à leur nouvelle situation.

 

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Marie-Odile 04/06/2016 19:38

J'adore!!!!!!! ceci dit, avec une partie de ma famille originaire du Pas de Calais.... je ne désespère pas de trouver..... un peu de Robespierre dans mon arbre!!!!!
Marie-Odile

Paddygenéalo 04/06/2016 21:28

On troouve des Robespierre à Carvin mais une branche de la famille est passée par le Douaisis aussi. J'ai cherché un cousinage des deux côtés (c'est possible) mais on arrive vite à des époque où ça devient difficile

Chalou 24/08/2015 14:04

Belle rechercher. Généanet est un très bon outil de croisement pour retrouver des pistes éloignées, mais comme tous les outils il faut savoir les utiliser et vérifier chaque pièce une à une. La piste peut s'avérer bonne ou sans issue.

Paddygenéalo 24/08/2015 16:06

Eh oui: dans certains cas on y découvre aussi ses propres erreurs. Il faut surtout éviter de recopier sans contrôler, ce que l'on fait assez facilement en tant que débutant avant de s'apercevoir que non seulement on recopie parfois des erreurs mais surtout qu'on se prive d'une bonne partie du plaisir.