#1J25P le 25 septembre a-t-il vraiment été le jour le plus meurtrier ?

Publié le par Paddygenéalo

Le 25 septembre 1915 au matin, l’état-major français lançait la grande offensive de Champagne, accompagnée d’une autre, de diversion, dans le Pas de Calais. Ce jour est connu pour être le plus meurtrier de la première guerre mondiale. D’autant qu’on peut sans doute ajouter au bilan les tués des autres fronts, et notamment celui d’Orient où les combats des Dardanelles n’ont guère connu d’accalmie. Je ne ferai pas ici de description de ces combats, j’en suis incapable et d’autres, compétents eux, l’ont fait.

Depuis quelques jours, je participe, avec beaucoup d’autres, au défi 1J25P lancé à l’occasion de ce centenaire et qui consiste à indexer 25 fiches Mémoire des Hommes de soldats morts ce jour-là. J’ai dépassé les 25 mais pourquoi m’arrêter ? Dans un premier temps, j’avais pensé indexer ceux du département du Nord mais il y en a trop pour que l’affichage complet sur le site MemorialGenWeb soit possible : 713 exactement (département de naissance). En un seul jour. Alors, j’ai choisi de sélectionner ceux qui venaient de villes et villages où j’ai des ancêtres, ou bien de lieux proches, dans le douaisis surtout.

Evidemment, mon échantillon est loin d’être représentatif : quelques dizaines parmi les milliers référencés (au moment où j’écris cela, nous en sommes à 4955 indexés sur Mémoire des Hommes les 5000 avant la fin de la journée du centenaire). Cependant, pour beaucoup d’entre eux, ce n’est pas « tué à l’ennemi » qui est écrit mais « disparu ». Quant à la date, il n’est pas rare de lire entre le xx septembre et le yy octobre… De là à penser que si l’offensive a débuté le 25 septembre, une bonne partie de ceux qui y ont laissé la vie combattaient encore le 26, le 27 et les jours suivants…

#1J25P le 25 septembre a-t-il vraiment été le jour le plus meurtrier ?

L’exemple de Michel François Roch, de Beuvry-la –Forêt, est particulièrement intéressant : il est officiellement mort le 25 septembre 1915 à Mourmelon-le-Grand selon le jugement du tribunal de Douai en date du 6 février 1919 mais sa fiche matricule indique qu’il a été inhumé le 25 octobre et est décédé antérieurement à cette date. Alors, un mois après?  Bien sûr, il est possible que ce soldat ait été tué le 25 et que son corps soit resté bloqué entre les lignes françaises et allemandes. Oui, possible… Mais tout de même.

#1J25P le 25 septembre a-t-il vraiment été le jour le plus meurtrier ?

J’émets donc l’hypothèse que les jugements rendus après la fin de la guerre pour tous ceux dont la date exacte de décès était inconnue ont retenu cette date du 25 septembre. Mais pour quelles raisons alors ? Je n’en sais rien. Peut-être des historiens ont-ils eu la même idée et l’ont-ils expliqué mais pour l’instant je n’ai pas trouvé.

Je ne vois pas pourquoi on aurait délibérément voulu augmenter le nombre des tués de ce jour là, il n’y a pas de raison logique. Je pense plutôt que le résultat est la conséquence d’autre raisons.

La plupart des jugements, du moins pour le Nord qui a été occupé une bonne partie de la guerre par les allemands, ont été rendus entre 1919 et 1921, voire plus tard. Et on doit les compter par milliers : dans les registres que j’ai consultés, comme ceux de Denain, on compte par dizaines ces transcriptions qui rapportent les décisions de tribunaux fixant à une certaine date le décès d’un enfant de la commune. On peut difficilement imaginer que les juges aient eu à décider seuls de l’interprétation à donner aux informations transmises par les autorités militaires. En toute logique, ils ont reçu des instructions pour les orienter, j’émets donc l’hypothèse que l’une d’entre elles était de fixer la date de décès au premier jour de la période quand seules des dates extrêmes étaient proposées, avec une fiche transmise par l’armée disant « tué (ou disparu) entre telle et telle date ». Cela expliquerait le choix de la date du début de l’offensive.

Si cette instruction existe, elle est certainement archivée quelque part. Reste à la trouver. De nouveau, on arrive bien au-delà de mes compétence de généalogiste amateur reconverti en historien tout aussi amateur.

Cela étant dit, pourquoi choisir la date la plus ancienne ? Parce que c’était la plus probable ? Ou pour d’autres raisons moins glorieuses ?

Peu importe... C'était il y a un siècle.

L'essentiel est de ne pas oublier ces hommes qui sont morts en septembre 1915 en Champagne et dans le Pas-de-Calais.

Publié dans 14-18

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