Le gros hiver

Publié le par Paddygenéalo

Et si je n’en avais pas complètement fini avec Louis XIV ? En effet, en revenant sur l’époque de son règne, en identifiant mes ancêtres qui furent ses contemporains, un épisode de l’histoire de France m’est revenu à l’esprit.

Je pense à l’hiver 1709 et l’hécatombe qui l’a marqué. Je n’en ai évidemment jamais entendu parlé en cours d’histoire même si à l’époque où j’étais élève on racontait les évènements, sans négliger la chronologie. Mais on s’intéressait aux rois, aux guerres et très peu à l’histoire du peuple qui, il est vrai n’a guère laissé de traces.

Et pourtant, elles sont là, ces traces. Je ne connaissais donc pas la terrible famine de 1709. C’est en recherchant des actes au cours de recherches généalogiques que je l’ai découverte. Soyons précis : c’est Barbe Bouvignies, née le 14 septembre 1671 à Rumegies et décédée le 18 novembre 1709 à Rumegies aussi qui m’a fait retrouver ces pages du registre, celui des morts.

Le gros hiver

Je ne sais pas exactement quelle était la population de Rumegies en 1709 : on sait qu’au début du XIXè siècle elle était d’environ 1300 habitants. Le registre des morts de cette année là compte 180 actes, celui de 1708 seulement 14. Cependant l'estimation la plus proche résulte sans doute d'un dénombrement antérieur, en 1673 qui rapporte 754 habitants en 166 familles.

Pour comprendre ce qui s’est passé à Rumegies, et que j’ai retrouvé dans les villages voisins, peut-être de manière moins flagrante néanmoins, j’ai voulu chercher un peu. A priori seule une épidémie ou une famine pouvaient expliquer l’hécatombe et bien sûr ce n’était pas forcément local. En effet, l’hiver 1709 a provoqué une saignée considérable : on estime à environ 600000 morts, soit 3% de la population du pays, le tribut payé par le petit peuple du royaume (cf page wikipedia qui cite plusieurs historiens réputés). On estime à 21 millions la population de la France en 1700, et moins de 20 en 1715, ce qui donne une idée des conséquences de la famine, et très certainement des épidémies qui sévirent. La même proportion aujourd’hui donnerait un million et demi de victimes…

Rumegies est d’autant plus intéressant que le curé de l’époque, Alexandre Dubois, a eu l’idée, probablement saugrenue pour ses contemporains mais si précieuse pour nous d’écrire ses mémoires, et mieux il l’a fait dans les registres qu’il tenait pour les baptêmes, mariages et sépultures. Ainsi, chacun peut les consulter directement aux Archives Départementale en ligne.

 

Voici deux extraits de la transcription de ce journal :

«la nuit du 5 au 6Janvier 1709, il commença un hiver, qu'on appellera jusqu'à la fin du
monde, le gros hiver. Il a commencé après cinq ou six jours de grosses pluies et duré trois mois  'une force inconcevable, entremêlé de dégels, qui ne duraient que quelques heures, de neiges, que le vent chassait dans les endroits les plus bas, de sorte que tous les blés généralement furent gelés, et   n'a point échappé un seul grain de colza »

« Ce qui comble notre misère, c'est que les Français fuient de tous côtés. Ils ont abandonné Tournay sans troupes presque et sans munitions, et les alliés en ont fait le siège, siège fatal pour notre communauté, qui fut le tombeau de plus de 300 de ses pauvres habitants, en moins de 3 mois »

On trouvera un peu plus de cette transcription ici..

Fac simile de la première citation

Fac simile de la première citation

Le curé narre ensuite, sur plusieurs pages, cette terrible année avant de conclure.

Fac simile du journal du curé à la fin de 1709

Fac simile du journal du curé à la fin de 1709

Transcit par : "adieu fatale année, que je ne me souvienne plus jamais de toÿ, si ce n'est pour me souvenir que c'est mes peches qui ont attiré cette colère de dieu". Est-il vraiment nécessaire d'ajouter quoi que ce soit?

Peut-être pensera-t-on aux péchés de Louis, roi de France, plutôt qu'à ceux du curé quelque peu janséniste.

Publié dans Généalogie

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