Anniversaire

Publié le par Paddygenéalo

Le 11 novembre 2014, j’ai allumé ma télé. Et j’ai regardé le paysage des collines d’Artois. On inaugurait l’anneau de la mémoire. Si j’y reviens aujourd’hui, c’est qu’un détail m’a intéressé ce jour-là : on a parlé des sites web qui participaient à la commémoration du centenaire, et en particulier de "Grand Mémorial" qui recensait les fiches matricules. Cela a immédiatement éveillé un intérêt parce que j’étais toujours à la recherche de celle de mon grand-père, né en 1899, dont je savais qu’il y avait été mais sans plus de détail.

Effectivement, l’une de mes premières découvertes a été sa fiche, que j’avais vainement cherchée dans le Nord, et même dans l’Aisne où il était né au hasard des voyages du bateau familial. C’est à Rouen que je l’ai trouvée : si j’ai bien suivi, pas mal de bateliers du Nord s’y étaient déplacés puisque leur zone d’activité, et d’origine, étaient devenue un champ de bataille.

La fiche de Pépé (pourquoi l’appellerais-je autrement ?) ne m’a pas appris grand-chose, si ce n’est que la famille était installée à Rouen à l’époque. Ah si, j’ai été surpris par sa taille. Je restais persuadé qu’il était plus grand que moi, même dans mes trop rares souvenirs de ses dernières années où j’avais déjà atteint ma taille d’adulte. Eh oui, les souvenirs d’enfance l’emportent toujours.

L'anneau qui, du haut de l'Artois, domine la plaine

L'anneau qui, du haut de l'Artois, domine la plaine

Généalogie dans la largeur

A ce moment-là, j’étais encore en pleine plongée dans les générations anciennes et je remontais à marche forcée mon arbre généalogique. Cependant, comme la plupart de mes ancêtres ont vécu dans ce qui est aujourd’hui le département du Nord, j’avais pu en quelques mois atteindre le XVIIe siècle et des personnages distants d’une dizaine de générations. Merci aux archives en ligne, au travail fourni par les Archives Départementales du Nord mais aussi aux passionnés de Geneachtimi et autres. J’en étais au point où on se dit qu’étudier les générations récentes, et les innombrables cousins inconnus, est aussi intéressant. J’étais mûr pour la recherche des fiches matricules.

Autrement dit, les informations entendues lors des reportages du 11 novembre 2014 tombaient à pic. J’ai commencé à exploiter les ressources du site Mémoire des Hommes pour compléter les informations dont je disposais sur quelques cousins, germains ou issus de germains, de mes grands-parents, ainsi que sur mes grands oncles et arrière-grands-oncles. Certaines informations des fiches, en particulier le suivi des adresses successives, sont précieuses pour le généalogiste.

En cherchant des patronymes, j’ai pu aussi retrouver des parents dont la trace était perdue.

1J1P

J’avais bien vu qu’il était possible de créer un compte pour annoter les fiches, mais je ne voyais pas l’intérêt d’annoter. C’est aussi l’époque où j’ai créé ce blog et le compte twitter @paddygenealo dédié à mes activités généalogiques, et assimilées…

J’ai fini par comprendre que ce programme d’annotation était en fait un programme d’indexation collaborative. Et là, ça devenait intéressant : il s’agit donc de construire les index qui permettront d’effectuer toutes sortes de recherches dans la base de données construite à partir des fiches dont dispose depuis un siècle l’administration militaire. Evidemment, j’ai vu l’intérêt pour les recherches généalogiques.

Je l’ai déjà dit, la chose militaire ne me passionne pas, bien au contraire. Je fais partie des générations pour lesquelles le service militaire existait. On l’avait rebaptisé service national et c’est ainsi que je l’ai effectué au titre de la coopération. J’ai passé une nuit à la caserne, à Cambrai pour les « 3 jours » (moins d’un en fait à l’époque). Je n’ai pas plus d’intérêt pour la commémoration du prétendu « sacrifice ». Si seulement on avait écouté Jaurès…

Je suis de plus en plus convaincu que l’on a envoyé nos grands-pères à la boucherie non pour défendre le pays, la démocratie ou que sais-je encore, mais bien pour défendre les intérêts d’une toute petite minorité alléchée par les profits d’une guerre qui était pourtant le résultat des caprices de potentats qui n’avaient pas vu qu’en précipitant l’Europe dans ce cataclysme, ils provoquaient aussi leur perte.

Et après ? Ce n’est pas un hasard si les courants politiques réactionnaires n’aiment pas l’enseignement de l’histoire, à laquelle ils préfèrent la légende qu’ils forgent. Non, je n’aime pas la glorification de la « Grande Guerre » et je n’emploie qu’avec réserve le terme de « Mort pour la France », ne le considérant pas dans son sens direct mais bien comme une norme de fait pour désigner ceux qui sont morts durant cette saloperie.

Si la guerre est bien en effet une saloperie, il faut s’en souvenir, ne surtout pas oublier. C’est pour cela qu’il faut connaître ces paysans, ces ouvriers et les autres aussi, car toutes les classes furent emportées et rares furent les planqués au bout de quatre années terribles.

Je sais qu’en écrivant cela, je vais choquer quelques militaristes qui restent ancrés dans le culte de l’ancien combattant français. Eh bien moi, je ne suis pas choqué de participer avec eux à cet effort de mémoire : chacun est libre de ses motivations, seul importe le résultat.

Voilà, c’est ainsi que je participe au défi #1J1P. Je ne l’ai rejoint, de mémoire, qu’au début de 2015. A ce jour, j’ai atteint les 1400 fiches indexées. Certaines ont été traitées en quelques minutes, d’autres m’ont demandé bien plus de temps, parce qu’il faut vérifier ce que l’on peut et corriger quand une erreur apparait. Vérifier n’est pas toujours simple : les lieux de naissance des « tirailleurs sénégalais » sont souvent difficiles à identifier et à associer avec un lieu connu par une transcription moderne, ceux de décès des soldats du front d’orient ne sont pas plus simples quand un village de Serbie est aujourd’hui en Macédoine et porte un nom pas toujours si proche de celui que l’armée avait retenu (heureusement, les croquis des JMO sont une aide précieuse).

Mon petit bilan

Après un an de fréquentation quasi quotidienne du souvenir de la guerre 14, il est temps de dresser un bilan :

  • Plus de 1400 fiches indexées
  • Plusieurs villages du Nord (deux du Gers, un de l’Oise) complètement indexés (sans oublier François Courtès).
  • Le Séquana et ses soldats venus du Burkina (dont quelques ajouts à la base Mémoire des Hommes)
  • La découverte que ma famille n’est autant passée au travers que je ne le croyais puisqu’un certain nombre (je ne les ai pas comptés) de cousins et oncles ont été tués, sans oublier ceux qui sont revenus
  • Et aussi, d’une certaine façon c’est de là que je suis parti, quelques branches collatérales de mon arbre généalogique qui se sont étoffées grâce aux éléments trouvés dans les fiches de ces poilus « morts pour la France »

Bien sûr, c’est un bilan provisoire. A combien de fiches en serai-je au soir du 11 novembre 2018 ? Ce n’est pas très important car dès maintenant, je connais mieux cette page de notre histoire, je vois mieux aussi dans notre époque ce qui pourrait conduire à une catastrophe similaire. Et ce n’est pas rien.

Anniversaire

Publié dans 14-18, Généalogie

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