Le massacre du 21 février 1917

Publié le par Paddygenéalo

J'étais tranquillement en train d'indexer ma 1500è fiche, celle de Sibiri Kindo, né en 1887 au Burkina (encore un effort avant que l'indexation de cette année soit achevée). Comme souvent, il me fallait rechercher le lieu de naissance, mais là, en plus, le lieu de décès n'était pas bien clair. D'ailleurs, il reste mystérieux et tout ce que je sais, c'est que c'est en Grèce, en Epire plus précisément dans ce qui était alors une zone neutre. Neutre entre les gouvernements qui revendiquaient la Grèce, et en principe contrôlée par les alliés, notamment par les troupes françaises. Voilà pourquoi, j'ai ouvert le JMO du 26è bataillon de tirailleurs sénégalais.

Il ne m'a pas permis de déchiffrer le nom de la localité où est mort Sibiri Kindo: elle est citée mais sans doute sous un nom qui n'est plus utilisé aujourd'hui, peut-être un nom albanais.

C'est comme cela que j'ai découvert cet épisode du 21 février 1917.

Le massacre du 21 février 1917

Transcription du JMO pour les 21 et 22 février 1917

21 février

Une patrouille de la 2è compagnie commandée par l’adjudant Fantaisie Artenon n° Mle 24 ic 829 et composé de :

  • 8 ic 18128 Pieri Jules François, mitrailleur
  • 12191 Elassan Samba caporal
  • 28825 Birahima Guindo 2è cl.
  • 13646 Granvilla Coulibaly 2è cl.
  • 28313 Amady Timbo  2è cl.
  • 28319 Tenidou Taraolé 2è cl.
  • 28322 Ali Coulibaly  2è cl.
  • 28302 Arsiki Tamboura  2è cl.
  • 22834 Sidamet Ba  2è cl.
  • 4048 Ko Coulibaly  2è cl.
  • 20283 Mamourou Sangaré  2è cl.

Etait envoyée de Zerma par le sous-lieutenant Gallois en reconnaissance pour réquisitionner du foin à Slatina. En arrivant à ce village elle tombait dans une bande de 150 comitadjis et après une défense héroïque, elle succombait jusqu’au dernier homme. Les cadavres du soldat Pieri et d’un des tirailleurs étaient en outre odieusement mutilés.

22 février Le village était cerné le lendemain par la reconnaissance Gallois, un détachement de la 2è compagnie et un autre de tirailleurs algériens, mais l’ennemi l’avait quitté la veille au soir. Une forte reconnaissance avait été envoyée de Stracani pour couper la route du sud à la bande mais elle était également arrivée trop tard.

 

Carte des lieux de naissance des soldats tués

La marque noire indique le lieu où ils ont péri, noté "Slatina" sur la plupart des fiches mais ce nom n'apparaît pas sur les cartes modernes. Le point correspond au Zerma cité dans le JMO. Tous ces lieux font partie de la municipalité de Konitsa.

La plupart de ces hommes étaient nés dans ce qui est aujourd'hui le Mali, à l'exception de l'adjudant qui commandait le détachement, martiniquais de Saint Joseph, et d'un mitrailleur corse dont le compte-rendu relaté dans le JMO nous apprend qu'il a subi des mutilations qu'on préférera ne pas imaginer et qu'a aussi subies un des tirailleurs qui n'a pas été nommé.

Le plus souvent, les officiers et sous-officiers tués sont nommés dans les JMO, les soldats du rang plus rarement. On peut supposer que les circonstances du massacre, car on peut difficilement appeler cela autrement, ont choqué les camarades, y compris celui, probablement un officier, qui était chargé de tenir le journal.

On imagine souvent que la guerre de 14 a été celles des tranchées. C'est vrai. Celles des gaz de combat aussi, c'est vrai aussi. Je découvre avec cet épisode qu'elle n'eut parfois rien à envier, si l'on peut dire, aux guerillas modernes.

Les comitadjis dont on parle là étaient des nationalistes bulgares et macédoniens qui luttaient au départ contre les turcs puis contestèrent les frontières établies, et en particulier donc celles qui attribuaient l'Epire à la Grèce. Albert Londres leur a consacré un reportage en 1931, savait-il que certains d'entre eux avaient ainsi massacré un détachement de soldats français? Toujours est-il que ces mêmes comitadjis rejoignirent la collaboration pro-nazi quelques années plus tard. Peut-être leurs héritiers idéologiques ont-ils à leur tour massacré à qui mieux-mieux durant les guerres civiles des Balkans qui marquèrent la fin de la Yougoslavie.

Eh oui, l'armée d'Orient s'est retrouvée confrontée à des luttes anciennes qui ont continué bien après son retour en France.

La liste des soldats (avec plus de détail):

On pourra noter que certains noms ci dessous ne sont pas exactement les mêmes que plus haut. En effet, on a d'abord la transcription et voici les soldats dont les noms sont rapportés tels qu'ils sont enregistrés sur les fiches de "Mémoire des Hommes".

  1. Comme trop d'autres les archives Corses ne proposent pas de lien ark.. Il faut donc aller sur la page de recherche et retrouver Pieri Jules ..
  2. Amady Timbo sur le JMO est Dimbo sur sa fiche Mémoire des Hommes, c'est ce qui l'avait laissé manquant un temps de cette page (Note du 20/02/2017)

Publié dans 14-18

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article