Où donc ?

Publié le par Paddygenéalo

C’est un commentaire qui me demande où je trouve tout ça… Il n’y a pas énormément de commentaires, c’est normal le « fan club » de ce blog n’est pas très fourni, ce qui n’a, croyez le bien, aucune importance vu que je poste ici ce que j‘ai envie d’y mettre à un moment donné ou ce qu’il me semble utile de partager de façon à ce que d’autres, au hasard d’un moteur de recherche tombent dessus.

Où donc est-ce que je trouve tout ça ? D’abord, ce « tout ça » n’est pas si riche et j’ai vu ici et là des articles bien plus documentés et précis mais puisque l’on me demande, je vais répondre.

Première réponse : toutes les données que j’utilise, ou presque, sont disponibles en ligne. Comme le commentaire a été fait sur mon post à propos de la lettre de l’ONAC concernant François Courtès, je vais me concentrer sur le cas des « poilus ».

Indexation collaborative

D’abord, il faut bien avoir en tête que c’est en participant à l’indexation collaborative sur le site Mémoire des Hommes que j’ai été amené à rechercher ces informations et, dans le cas particulier de François Courtès ou des naufragés du Séquana, à contacter l’ONAC. Pour cette indexation, le mieux est encore de voir ce qui en est dit sur le site « un jour un poilu » (ou en recherchant le tag #1J1P sur twitter). Mais on y apprend surtout comment participer à l’indexation.

Où donc ?

En deux mots, il faut s’inscrire au programme qui permet d’annoter les fiches. C’est simple et rapide, même plus nécessaire d'attendre un à deux jours pour que le compte soit validé c'est maintenant fait en temps réel et on peut y aller. Cela étant, on n’est pas forcément plus avancé car indexer, c’est bien beau, mais quoi ? On peut toujours y aller au hasard ou par une méthode oulipienne (le poilu exquis) consistant à prendre, par exemple, un élément d’actualité et à rechercher un poilu qui, par capillotractage, y serait lié. On peut, et c’est bien plus oulipien, prendre n’importe quel mot et y aller.

Mais il existe d’autres voies, elles vont nous donner l’occasion de mettre en évidence quelques sources d’information.

Indexer les poilus d’une commune

Voilà une méthode qui a été choisie par beaucoup, comme en témoigne la carte collaborative du projet 1J1P. Cependant, un fois votre dévolu tombé sur un village, celui d’une partie de vos ancêtres pour ne pas être original, vous ne serez pas beaucoup plus avancé. Il faut établir la liste  des soldats concernés.

Une solution radicale est de se rendre sur place et de relever les noms sur le monument aux morts. Convenons que ce n’est pas toujours facile car nous avons beaucoup bougé depuis un siècle alors que nos ancêtres, eux, ne se déplaçaient pas beaucoup.

Heureusement, l’université de Lille-3 a réalisé un extraordinaire travail, toujours en cours, sur les monuments aux morts et a publié les résultats sur son site. On y trouvera beaucoup d’informations non seulement sur le monument lui-même, sa localisation, son sculpteur entre autres mais aussi, souvent, la liste des morts par conflit.

Si par exemple, je recherche le monument de Nivelle, j’entre « Nivelle » dans le champ de recherche, et hop je récupère les informations concernant le monument de la commune, avec en particulier la liste des noms qui y sont gravés.

Où donc ?
Où donc ?

Il existe une autre source qu’il ne faut pas négliger : les « livres d’or » qui sont des listes dressées pour le ministère des pensions et qui ont souvent été aussi la base des inscriptions sur les monuments aux morts. Elles sont consultables dans la « salle des inventaires virtuels » des Archives Nationales, il suffit d’entrer « Livre d’or Nivelle » comme dans l’exemple (et bien sûr de remplacer « Nivelle » par la commune que l’on recherche.

Où donc ?

Ensuite, après quelques clics que je ne vais pas détailler ici mais qui me semblent assez simples, on arrive aux images du livre d’or.

Il ne faut pas hésiter à utiliser le « bouton » « télécharger » qui permet d’avoir en plein écran l’image que l’on souhaite consulter et éventuellement de la conserver pour un usage ultérieur hors ligne.

Où donc ?
Où donc ?

A ce stade, on tient son poilu. En l’occurrence, Amédée Bernard à propos de qui le livre d’or m’apprend qu’il est né à Nivelle le 7 janvier 1891, qu’il était adjudant au 48è RI et qu’il est mort le 4 mai 1917 au mont Cornillet. Voilà qui n’est déjà pas mal.

Autres sources et autres voies

Il ne faudrait pas négliger l’énorme travail accompli par beaucoup de bénévoles passionnés qui ont compilé et mis en ligne des quantités incroyables d’information.

Je pense en particulier à tout ce qui est disponible sur le site MemorialGenWeb. Là, on peut facilement retrouver les listes de noms correspondant à un monument, et pas seulement ceux des communes car il y en a bien d’autres, d’entreprise, d’école sans oublier les plaques commémoratives notamment des églises.

Où donc ?

La partie gauche de la page d’accueil permet des recherches sur bien des critères qui permettront autant de sources d’indexation :

  • Les soldats dont le nom est gravé sur un monument
  • Les soldats nés dans une commune (et qui peuvent figurer sur un autre monument)
  • Les soldats morts un jour donné
  • Les soldats originaires d’un pays donné
  • Les soldats d’une unité
  • Et d’autres encore que chacun découvrira

Bien sûr, on pourra toujours se dire que si les relevés ont déjà été faits et publiés sur ce site, il n’est pas indispensable de le faire encore sur Mémoire des Hommes. Oui, je me suis dit cela.. Mais il est clair que Mémoire des Hommes, qui est un site officiel, a vocation à être la référence et la base de données que chacun pourra consulter ensuite.

J’ai souvent utilisé MemorialGenWeb pour m’aider, ou pour trouver les poilus tués un jour donné et originaires des villes et villages qui me sont familiers. A chacun de trouver son chemin.

Indexer un poilu

Je vais poursuivre avec l’exemple de Nivelle et d’Amédée Bernard (qui ne s’attendait sans doute pas à une telle et subite célébrité). Il est intéressant à plusieurs titres : d’abord, c’est un « cousin » (ses arrière-grands-parents sont aussi nos plus proches ancêtres communs) mais, comme on le verra plus loin, il illustre certaines incertitudes quant aux informations trouvées sur les fiches.

Nous voilà donc avec un nom « Bernard » fort courant (il y a 2953 Bernard dans la base des morts de 14-18 sur Mémoire des hommes) : il faut préciser le prénom (il n'y a plus que 3 Amédée, ne pas manquer l'occasion de finir l'indexation) pour le trouver sans une longue série d’homonymes sur Mémoire des Hommes. Parfois, c’est en précisant le département de naissance que l’on peut restreindre la recherche et il n’est pas rare de trouver des homonymes parfaits tant sur le nom que le prénom. Là, ça va et la fiche arrive.

Où donc ?

Elle confirme ce que le livre d’or nous apprenait, il est né à Nivelle en 1891 et grâce aux Archives Départementales du Nord, on peut obtenir son acte de naissance. Dans le cas présent, petit piège: il a été déclaré sous le nom de sa mère et reconnu ensuite par le mariage de Maria Hugue et Alphonse Bernard.

Où donc ?

La plupart des départements français ont mis en ligne leurs archives d’état-civil jusqu’à la fin du XIXè voire du début du XXè. Le Nord a été plus loin et propose aussi des actes de décès plus récents dès lors que le registre des décès est séparé de celui des naissances qui peut encore concerner des personnes vivantes. Malheureusement, Nivelle n’était pas assez grand pour avoir eu des registres séparés et donc on ne trouvera pas en ligne la transcription du décès d’Amédée Bernard à Nivelle le 6 août 1921 comme l’indique la fiche de Mémoire des Hommes. Pourtant, on dispose d’un élément grâce aux tables décennales. Là encore, la plupart des AD proposent ces tables accessibles en ligne, y compris pour le début du XXè siècle et celles de Nivelle sont disponibles : on y trouve trace de l’enregistrement du décès d’Amédée Bernard.

Où donc ?

Grâce à cette table, on a confirmation qu’il a été déclaré décédé le 4 mai 1917 alors que la fiche indique « mort en captivité ». On ne peut pas établir avec certitude ce qui s’est passé mais le plus probable est qu’effectivement Amédée Bernard ait été tué au Mont Cornillet le 4 mai 1917 mais l’armée n’ayant pas retrouvé son corps l’a un temps considéré comme fait prisonnier par l’ennemi. A la fin de la guerre, sans trace de lui chez les allemands, force a été de constater qu’il avait très certainement été tué le jour où il a disparu. On pourra d’ailleurs se renseigner sur les évènements de ce jour précis en consultant, toujours via Mémoire des Hommes le JMO du régiment à cette date qui confirme bien la présence de l'unité au Mont Cornillet à cette date.

A la fin du compte-rendu de la journée du 4 mai 1917, on découvre que le régiment a subi de lourdes pertes: 33 tués, 202 blessés et 159 disparus, dont on peut penser que beaucoup ont en fait été tués et parmi eux Amédée Bernard, dont le nom aurait été cité si n'avait été simple soldat.

 

Où donc ?

J’ai presque fait le tour des documents consultables, il en manque un et non des moindres : la fiche matricule. Beaucoup de départements ont rendu accessibles les fiches matricules des conscrits dont les classes sont plus ou moins concernées par la guerre de 14 (même le Gers l’a fait, pas Paris et c’est bien dommage). En général, c’est une mine d’informations qui donne non seulement le parcours militaire mais aussi les domiciles successifs du conscrit , sans oublier sa description physique  Hélas, pour Amédée Bernard, rien de tout cela car on ne dispose que d’un feuillet de contrôle, les registres de Valenciennes de sa classe ayant été détruits (par faits de guerre !). Eh oui, il y a des avantages à faire des recherches dans le Nord car les ADN ont fait un remarquable travail de mise à disposition des données mais la région ayant été dévastée par les deux guerres mondiales (notamment les bombardements alliés visant l’occupant durant la seconde), il est quasiment miraculeux que si peu d’archives aient été perdues.

Maintenant, il faut quand même remplir la fiche…La consultation des ressources des AD du Nord permet de valider la date de naissance et le recrutement militaire, il ne faut pas les négliger.

La dernière difficulté sera donc le lieu de décès, ici on a « Mont Cornillet », et souvent on trouve des noms de lieu qui ne sont pas des communes (ou des communes disparues telles Perthes-les-Hurlus). Le site FranceWenGeb, avec sa base des recoupements 14-18, sera fort utile.

Où donc ?

Cela étant, parfois ce que fournit ce site ne suffit pas et une recherche via le moteur favori de chacun, permet alors de retrouver le lieu (ce n’est pas toujours simple en particulier pour le front d’Orient, notamment parce que les frontières ont changé et que la transcription par l’armée des noms de lieu locaux, en cyrillique en Serbie, n’est pas toujours proche des noms modernes).

Et voilà, concluons

Je me rends compte que ce post est fort long. J’aurais pu le couper en deux mais puisqu’il est fait… J’espère juste que ce qui est ici pourra être utile à l’un ou l’autre. Ce n’est pas exhaustif, mais peut-être cela pourra-t-il éclairer ceux qui, le 11 novembre, se diraient que l’effort de mémoire n’est pas inutile, découvriraient le projet 1J1P mais ne sauraient comment s’y prendre.

Ah tout de même, un dernier détail. Avec ce que je viens de citer, le cas des oublis n’est pas évoqué. François Courtès figure sur le monument de Castéra-Verduzan mais pas sur Mémoire des Hommes, j’ai donc pris contact avec la mairie qui à son tour m’a mis en contact avec quelqu’un qui a pu me procurer la transcription de l’acte de décès que j’ai pu transmettre à l’ONAC. J’ai en réserve d’autres cas possibles pour lesquels j’ai contacté des mairies mais elles ne répondent pas toujours. Enfin, il y a le cas des disparus du Séquana où c’est le webmestre de Mémoire des Hommes qui a pu obtenir une copie du jugement rendu à Bordeaux.

On le voit, les ressources en ligne permettent le plus souvent, et même presque toujours, l’indexation. Il reste que parfois, il faut aller à la source.

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