Les enfants d’Achille Groulez et Philomène Lesoin (2)

Publié le par Paddygenéalo

On ne l’évitera pas: la guerre, dite la « grande » est là. Le sort des frères Groulez y est varié. Achille n’y participe pas, Léon François passe un peu au travers en étant affecté à des services civils industriels, Georges-Désiré est « mort pour la France ». Achille, né en 1870, n’a pas été un « poilu » : il a été réformé pour « bronchite spécifique » en 1907. En revanche, il a subi, avec sa famille, l’occupation de l’armée allemande, laquelle fut tellement dure qu’en 1940 tous ceux qui l’avaient connue n’eurent qu’une idée : évacuer. Cependant, en mars 1918, Achille est à Joinville-le-Pont, « chez M Beaumont » dont on peut penser qu’il est le Félix Beaumont qui épousera Elise en 1926 et avec laquelle, pure supposition, il est peut-être déjà en ménage. A quel moment a-t-il quitté la « zone envahie » ? L’a-t-il fait seul ou avec sa famille ? Ce qui est sûr, c’est que sa fille, ma grand-mère, avait le souvenir de l’occupation allemande de la première guerre, et que la ligne de front a laissé le Nord occupé jusqu’aux dernières semaines de la guerre. La fiche matricule d’Achille précise, outre son maintien dans le statut de « réformé » en 1915 qu’il a été « rapatrié » en février 1918, mais rapatrié d’où ? par qui et comment ?

Léon François a effectué son service militaire de 1902 à 1905…Il fut affecté au 161è RI (comme indiqué lors du mariage de son frère). Sa fiche matricule n’indique pas qu’il ait été mobilisé en août 1914 mais il a été classé « service auxiliaire » pour emphysème et tachycardie le 17 avril 1915. La même fiche indique « campagne contre l’Allemagne du 27.8.1915 au 22.3.1919 à l’intérieur ». Il a été affecté à la compagnie d’ouvriers du 1er groupe d’aérostation au parc de l’observatoire de Meudon.

Georges-Désiré, enfin, n’a pas traversé la guerre. Il est mort le 19 septembre 1917 à l’hôpital de Toul, de la diphtérie. L’armée l’a reconnu « Mort pour la France », de maladie contractée en service. Comme tout le monde, il a été appelé sous les drapeaux le 1er août 1914. Selon sa fiche matricule, il n’a pas rejoint le corps et a obtenu un sursis le 14 décembre 1914, sursis dont on ignore la raison et qui sera annulé en février 1915. Il avait fait son service dans l’artillerie de marine. Il est affecté au 109è régiment d’artillerie lourde où il est maître-pointeur, puis au premier groupe d’aviation le 1er octobre 1915, et en janvier 1916 à l’école d’aviation de Cazaux. Il est incorporé au 3è groupe d’aviation en mars 1916, cette unité est dissoute en juillet. Georges-Désiré est affecté à l’escadrille 117 mais ensuite la seule information est qu’il décède le 19 septembre 1917 à l’hôpital complémentaire n°21 de Toul des suites de maladie en service commandé. L’escadrille 117, c’est assez méconnu, était une unité de bombardement, son enseigne est un coq posé sur une bombe. Peut-on imaginer que Georges-Désiré Groulez, embarqué derrière le pilote, larguait la bombe par-dessus bord ? Rien ne permet de l’affirmer, rien non plus ne dit autre chose.

Extrait de la fiche matricule de Georges Désiré

Extrait de la fiche matricule de Georges Désiré

Malgré ce qui est écrit sur sa fiche de Mémoire des Hommes, son décès a été transcrit à Paris, 13è arrondissement où il semble bien qu’il s’était installé avec son épouse Eglée Cogez dont le décès n’a pas été enregistré dans cet arrondissement sous ce nom. En fait, les registres du 13è indiquent aussi le décès d’une Eglée Eusébie Marie Groulez en 1915 : on aurait pu penser à une fille du couple, dont la naissance est introuvable, mais c’est en fait le décès d’Eglée Cogez enregistré sous son seul nom d’épouse.

C’est que l’on connait bien moins le sort des femmes pendant cette guerre. Les manuels scolaires ont longtemps dit qu’elles n’étaient pas au front et remplaçaient les hommes aux champs et dans les usines de l’arrière. Sans doute, mais si Marchiennes était à l’arrière, c’est à l’arrière des lignes allemandes… Il n’y a évidemment pas de fiche matricule pour les sœurs Groulez, tout au plus peut-on se référer à celles de leurs maris.

Commençons par l’aînée, Aline, mariée depuis 1896 à Gustave Broquet, né en 1868 qui donc va échapper à la mobilisation, d’autant que sa fiche matricule dit qu’il a été réformé en 1889 (pour faiblesse et bronchite) et qu’il est « resté en pays envahi ». Mais elle a un fils, Lucien, né en 1894… Classe 1914. Lucien a été poilu. Sa fiche matricule a été perdue, mais le verso du feuillet de contrôle est riche et dit qu’il s’est engagé en 1913 à la mairie de Douai. Probablement Aline y habitait-elle comme son fils. On sait aussi qu’il se marie en 1919 dans la Marne. D’après les fiches du père et du fils, on peut raisonnablement penser que la mère, Aline, est restée à Douai ou dans les environs durant la guerre, en territoire occupé donc. Rencontrait-elle son frère Achille ? Avait-elle des nouvelles de son fils ? Nous, nous en avons… Il a été versé au 2è groupe d’aviation. Il a même été blessé lors d’un atterrissage en 1914. On sait aussi qu’il a été en stage chez Voisin et qu’il a fini la guerre avec le grade d’adjudant mécanicien, quelques citations et la Croix de Guerre. Ce qu’on ne sait pas, et c’est dommage, c’est si il a eu l’occasion de croiser son oncle George-Désiré lui aussi dans l’aviation. Et bien sûr, rien de la vie d’Aline pendant ce temps.

Marthe vient ensuite. La fiche matricule de son mari, Louis Berthier, ne dit rien : il a été réformé bien avant la guerre. Comme Aline, Marthe a un fils en âge d’être mobilisé. Louis, comme son père, l’a sans doute été : il faudrait que j’aille consulter sa fiche aux archives de Paris, la Seine aujourd’hui répartie entre plusieurs départements n’a toujours pas ses registres en ligne. Il est de la classe 1913 et n’a pas été tué à la guerre puisqu’il a vécu jusque 1972. On peut supposer que Louis le père reste boucher dans le 13è, rue Pinel et que Marthe y est aussi. Elle est probablement décédée en 1940, dans le 13è, si j’en crois ce qui se trouve dans les tables annuelles récemment mises en ligne. C’est aussi dans le 13è, en 1948, que Louis son fils se marie, ce qui laisse supposer que la famille était bien fixée là (je n’ai trouvé pas la trace du décès de Louis le père).

De la guerre de la dernière sœur, Elise, je sais encore moins, même indirectement. Elle se marie bien après guerre avec Félix Beaumont dont il me paraît probable qu’il soit celui qui est né en 1870 à Condé-sur-Escaut même si son mariage n’y a pas été inscrit en marge de son acte de naissance : sa fiche matricule, du moins si c’est bien le bon Félix Beaumont, le situe en effet à Joinville-le-Pont avant la guerre. J’ai relevé aussi quelques Beaumont à Marchiennes en 1906. Il peut bien sûr s’agir d’une coïncidence, seul l’acte de mariage me permettrait de le confirmer. Hélas, cette fiche matricule ne porte pas d’information postérieure à 1915, date à laquelle Félix est définitivement réformé et « se retire à Joinville-le-Pont ». Et encore, je ne peux que présumer qu’ils vivaient en couple dès la période de la guerre, en m’appuyant notamment sur la fiche matricule d’Achille qui le dit chez « Monsieur Félix Beaumont » à Joinville-le-Pont en 1918. Il ne se sont mariés qu’en 1926 alors qu’elle a 38 ans et lui, si c’est bien celui que je crois, 46ans, à Paris 13è eux aussi. C’est d’ailleurs la dernière date que j’ai trouvée concernant Elise.

Sans doute pourrais-je don un peu plus éplucher les archives de cet arrondissement, en me rendant sur place. Ou bien il me faut espérer qu’il existe un descendant de Marthe ou d’Elise et que celui-ci se lance à son tour dans la généalogie, ce qui le mènerait alors, tôt ou tard, à me découvrir. Mais rien ne prouve même que ce descendant existe.

D’autres recherches pourraient compléter mes connaissances. A Joinville-le-Pont par exemple : si Achille y est en 1918, c’est aussi là que se marie sa fille aînée Yvonne en 1920 avec Charles Vickel qui sera ensuite témoin au mariage de sa seconde fille, ma grand-mère. La tante Yvonne, dont je n’ai à vrai dire qu’un très lointain souvenir, a continué la migration des Groulez vers la région parisienne. On peut dire que le mouvement fut suivi aux générations suivantes, y compris par moi-même, simple quart de Groulez… Mais tout cela est une autre histoire.

Publié dans Généalogie, 14-18

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