Bien indexer, disait-il

Publié le par Paddygenéalo

J'avais terminé l'indexation de Marcq-en-Ostrevent, je me suis donc attaqué au suivant sur ma liste de l'arrondissement de Douai, triée par nombre de noms au monument aux morts croissant. La commune suivante, c'est Aix. Aix tout court, même si on dit parfois Aix lez Orchies, voire Aix en Pévèle.

Aix, c'est un peu plus dans ma zone de confiance, je sais où c'est. Je ne m'y connais que cinq ancêtres, et encore au début du XVIIIè siècle pour le plus récent. Il n'empêche, les noms que je vois sur le monument d'Aix me sont familiers: certains sont dans mon arbre généalogique, d'autres sont portés aujourd'hui par des gens que j'ai connu. Bref, je me prépare à une indexation tranquille.

Et là, surprise: 26 noms au monument et déjà 20 fiches de soldats MPLF né à Aix indexées sur Mémoire des Hommes. D'habitude, je trouve un terrain bien plus vierge. Tant mieux, c'est que je ne suis pas tout seul et il y en a largement pour plusieurs.

C'est à peu près à ce moment là que je vois ce tweet.

Donc, puisque j'attaque une indexation qui a déjà été bien engagée, ce sera l'occasion de vérifier. Précisons tout de suite: je ne prétends pas "mieux" indexer et je trouve aussi des erreurs et manques dans ce que j'ai fait. On ne fait pas toujours toutes les vérifications possibles.

Il faut dire que dans le Nord, nous avons de la chance. Du moins d'un côté... Les Archives Départementales ont mis en ligne pas mal de registres numérisés contenant les actes de décès des années de l'immédiat après-guerre, la première bien sûr, et du coup il est souvent possible de consulter ces documents. Je constitue d'ailleurs systématiquement un fichier des indexations réalisées, avec les liens vers les différents documents: fiche MdH, fiche matricule, acte de naissance et quand il est disponible acte de décès sans oublier la sépulture quand il s'agit d'une tombe militaire.

C'est d'ailleurs à partir de cela que j'ai publié quelques posts ici dans la rubrique "mes lieux" (en fait, j'ai bien amélioré ma méthode depuis les premiers articles qui étaient paradoxalement consacrés aux communes qui me sont les plus proches, là d'où venaient mes grands-parents).

Dans le Nord, nous n'avons pas de la chance partout... De nombreux registres matricule manquent: à Valenciennes, mais aussi à Dunkerque, les guerres sont passées... Pour l'arrondissement de Douai, pas de chance: avant 1906 et aussi aux époques plus récentes, les jeunes recrues de l'arrondissement allaient à Cambrai pour les "3 jours" (oui, moi aussi j'ai dormi une nuit à la caserne de Cambrai) mais pour toutes les classes concernées par la 1er guerre après 1905, tout a été transféré à Valenciennes, avec le centre de Valenciennes-Douai, même si les matricules sont dans une série unique avec Cambrai (pour presque toutes les années, les recrues de Valenciennes-Douai sont dans la liste alphabétique de Cambrai, mais barrés).

Une fois ce préambule posé, revenons donc au tweet cité plus haut, en l'illustrant par l'exemple.

Exemple 1 Paul Urbain Dumont

Paul Urbain Dumont était caporal au 110è régiment d'infanterie, il est mort le 12 octobre 1914 à Pontavert, dans l'Aisne. Une fiche qui ne doit pas poser problème. Mais cet homme né à Aix et dont le décès a été transcrit aussi à Aix serait passé par le recrutement de Dunkerque selon sa fiche Mémoire de Hommes. Pas complètement impossible mais peu probable. Et puis 3656, ça semble bien élevé comme numéro, ce qui ne m'empêche pas de rechercher la fiche du dit matricule à Dunkerque. A Lille peut-être (beaucoup plus plausible car Aix est aux confins de l'arrondissement de la préfecture du Nord), mais non. Cambrai, bien sûr... Mais non, rien non plus. C'est que la liste alphabétique de Cambrai conservée aux Archives Départementales ne contient pas les conscrits transférés à Valenciennes-Douai, ceux de l'arrondissement de la cité de Gayant (ceux qui n'ont pas compris, suivez le lien)

Extrait de la table de Valenciennes-Douai 1911

Extrait de la table de Valenciennes-Douai 1911

La fiche matricule n'est pas vraiment là... Seul un feuillet de contrôle a été conservé, et encore c'est heureux. Comme on le verra plus loin, on n'a même pas toujours ça.

Exemple 2 Auguste Durez

Auguste Durez, soldat au 9è bataillon de chasseurs a été tué à Lihons dans la Somme. La lecture de la fiche m'apprend tout de suite que j'ai très peu de chance de trouver une fiche matricule: en 1909; à Valenciennes-Douai, il n'y a que des feuillets de contrôle et jusqu'à présent je n'y vois que des soldats qui n'ont pas été tués à la guerre.

Donc, je note "registre perdu" et je suis prêt à passer à la suite. Mais j'ai vu que les registres d'Aix sont disponibles et je peux donc consulter la transcription de l'acte de décès faite à Aix le 16 février 1919.

Acte de décès d'Auguste Durez à Aix

Acte de décès d'Auguste Durez à Aix

Mais surprise, Auguste Louis Durez est bien né le 21 janvier 1889 mais à Ascq, canton de Lannoy et non à Lannoy! Effectivement, c'est bien dans le registre d'Ascq que l'on trouve cet acte de naissance.

Et ça, sans disposer de l'acte de décès, en l'absence de fiche matricule, il aurait été fort difficile de le trouver.

Exemple 3 Armand Joseph Choteau

Armand Joseph Choteau, soldat au 9è Bataillon de Chasseurs à Pied, serait décédé à l'hôpital de Prouilly le 8 mai 1917 selon sa fiche Mémoire des Hommes. Il était de la classe 1916; sa fiche matricule est conservée. Et pas de doute, c'est bien lui.

 

Bien indexer, disait-il

Mais ce qui suit sur la même fiche laisse perplexe

Bien indexer, disait-il

D'autant que la fiche Mémoire des Hommes indique que le décès a été transcrit à Landas le 12 août 1920! Mais Landas, je connais: j'ai indexé à partir du livre d'Or et il y a un Armand Choteau. Et j'ai son acte de décès dans mes archives. J'avais aussi sa fiche matricule mais à l'époque je n'y pas prêté attention...

On dirait bien d'ailleurs que c'est moi qui ai indexé cette fiche puisque je vois le bouton "modifier"... Landas, ce n'est pas très loin d'Aix donc le décès d'un natif d'Aix transcrit à Landas n'a rien d'anormal. Surtout que l'explication est sur la fiche matricule: ses parents sont décédés et son tuteur habite Landas.

Mais alors, que faut-il croire? Il y a un acte de décès tout de même... Mais d'un autre côté on lit sur la fiche matricule des compte-rendus médicaux jusqu'en 1937. Il n'y a aucune mention en marge sur l'acte de naissance à Aix. Donc ni mariage, ni décès après 1945. Alors, si c'est bien lui qui a survécu à la trépanation et qui a été mineur à Bruay, puis à Aniche, comment peut-il avoir fait l'objet d'un acte de décès?

Choteau n'est pas un nom rare dans la région, j'en ai connu plusieurs. Une confusion entre deux Choteau est donc possible. Difficile de trouver plus d'information, peut-être en écumant les archives de la presse régionale. Gallica permet de trouver deux Armand Joseph Choteau cités au Journal Officiel, l'un est mort en 1914 et l'autre, qui semble bien être celui d'Aix a été blessé le 7 mai 1917 et, mort pour la France, a reçu la Croix de Guerre avec étoile d'argent.

Supposons qu'il ait été laissé pour mort puis qu'il ait survécu. En une telle période, est-il impossible que l'on ait enregistré le décès et que l'on ait informé ensuite sa famille alors que le grand blessé se remettait peu à peu? Il y a eu tellement de morts... Et de corps jamais retrouvés, ou jamais ramenés près de chez eux comme en témoignent les sépultures militaires.

Je suis incapable de conclure. J'aurais plutôt tendance à penser qu'il est bien mort à l'hôpital de Prouilly et que ce qui figure sur la fiche matricule concerne un autre soldat mais rien n'est sûr.

Publié dans 14-18

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