Boucherie

Publié le par Paddygenéalo

J'étais dans la routine. Je poursuivais l'indexation des soldats venus du Burkina et morts sous l'uniforme français, sans être tellement français pourtant. Je continuais d'avancer dans la liste de ceux qui ont été classés comme originaires de ce qui est aujourd'hui le Burkina Faso et nés en 1889, même si le plus souvent leur date de naissance n'était qu'estimée.

Une fiche existe forcément puisque je me base sur une liste extraite de Mémoire des Hommes. Elle est souvent très incomplète: même les date et lieu de recrutement sont parfois omis, même l'unité, un comble pour des documents établis par l'administration militaire, prête quelquefois à confusion. Dans le cas des burkinabè (le terme est anachronique, je le garde pourtant), le lieu de naissance est souvent difficile à identifier: transcription phonétique selon ce qu'a entendu le militaire recruteur qui ne correspond que rarement à ce qui a été retenu un siècle plus tard. A cette difficulté, s'ajoute celle des homonymies qui peut, heureusement, être contournée grâce à la mention d'une circonscription administrative, cercle de Ouagadougou, de Kaya, de Léo ou d'autres. Enfin, même le lieu de décès n'est pas toujours facile à identifier, non seulement certains villages ont disparu au gré des réorganistions administratives mais il arrive que le lieu écrit sur la fiche ne soit qu'un lieu dit.

La fiche de Fabarka Sano ne semblait pas me réserver de surprise particulière. Voilà un 1ère classe du 65è Bataillon de Tirailleurs Sénégalais, venu du bureau de Kati, au Mali mais ce n'est pas si rare pour des burkinabè. Bien sûr le lieu de naissance Koumima est introuvable mais il existe un Koumi à proximité de Bobo-Dioulasso, il faut peut-être le retenir et c'est ce que je considère comme le plus probable. Et, c'est assez rare, son décès a, si on en croit la fiche, été transcrit à Bobo-Dioulasso en 1921. J'ai aussi cherché une sépulture; il n'y en a pas à son nom qui soit référencée. Rien d'étonnant, il est écrit, et c'est presque illisible "disparu".

Restait le lieu de décès. Le "Bois Laufée" ne m'est pas inconnu, je l'ai déjà rencontré. Mais j'ai vérifié dans la base des recoupements que j'utilise souvent. C'est à Damloup, c'est Verdun. En ce moment, centenaire oblige, je vois beaucoup de fiches de poilus du Nord qui sont morts à Verdun, mais des burkinabè, pas tellement. Et pour cause... Alors que certains étaient engagés sur le front d'Orient, la plupart de ceux qui allaient tomber plus tard au Chemin des Dames n'étaient pas encore sous les drapeaux.

J'ai regardé mes notes, j'ai trié et je me suis rendu compte que, parmi ceux que j'ai indexés, les premiers à être morts à Verdun y ont été tués entre le 31 juillet 1916 et le 4 août. Presque tous du 65è BTS.

Naturellement, j'ai consulté le journal de marche (le JMO) du 65è BTS, lui aussi accessible sur le site Mémoire des Hommes.

Et voilà ce qui m'a sauté à la figure:

 

Extrait du JMO à la date du 6 août 1916

Extrait du JMO à la date du 6 août 1916

Publié dans 14-18, Burkina

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