Actes en ligne de la Grande Guerre

Publié le par Paddygenéalo

Ma participation au projet « un jour un poilu » a deux axes principaux : d’une part ceux du Nord, et plus spécialement de l’arrondissement de Douai qui font l’objet de posts ici même à chaque nouvelle commune indexée, et d’autre part ceux du Burkina. Si pour les premiers il m’est facile de croiser les données les fiches avec celles des Archives Départementales(1), c’est bien plus compliqué avec ceux que l’on qualifie encore de tirailleurs sénégalais.

Pour ces soldats, bien souvent seule la mention « envoyé au ministère des colonies pour attribution » figure. Parfois, il est précisé qu’un acte a été dressé dans l’une des villes importantes de la colonie, mais cet acte là n’est pas accessible en ligne. Quant aux fiches matricule… Mais comme beaucoup de ces tirailleurs sont morts dans des hôpitaux de l’arrière, victimes de maladie liées aux conséquences d’un climat auquel ils n’étaient pas préparés, on verra, petit à petit apparaître des actes, au fur et à mesure de l’arrivée du bon sens, mais aussi des moyens nécessaires, dans les différents services d’archives des départements(2). Et récemment, celles des Alpes Maritimes ont mis en ligne des documents d’état-civil numérisés concernant la période de la guerre. Or c’est bien dans cette région, réputée pour son climat clément, que l’on a envoyé nombre de tirailleurs malades ou convalescents qui, hélas, n’en sont pas tous revenus. Voilà pourquoi Fréjus ou Menton sont plus souvent trouvés comme lieu de décès des soldats venus du Burkina que les différents villages du Chemin des Dames(3)

Sur un peu plus de 900 fiches indexées à ce jour, j’en avais 45 concernant les Alpes Maritimes, surtout à Menton. Tous les actes concernés sont accessibles en ligne(4).

Dans la plupart des cas, ils confirment ce qui est écrit sur la fiche Mémoire des Hommes, à la réserve près que le lieu de naissance a souvent été déplacé au chef-lieu de canton. Cela me semble d’autant moins aberrant que beaucoup des noms de village figurant sur les fiches ne correspondent pas à un lieu connu dans une nomenclature moderne. Rien de surprenant : les soldats étaient presque tous illettrés, ne parlaient pas le français et les agents recruteurs ont transcrit ce qu’ils entendaient, avec plus ou moins de pertinence. Ni les noms des soldats, ni ceux des lieux d’où ils venaient n’ont été écrit avec une grande cohérence. J’ai déjà évoqué cela alors que je débutais l’indexation, et je continue de rencontrer des graphies surprenantes..

Toujours est-il que finalement ces actes d’état civil n’apportent que peu d’éléments nouveaux. Néanmoins, il serait stupide de ne pas collecter ces données, ne serait-ce que pour vérifier celles qui sont par ailleurs déjà connues. Le seul point nouveau, par rapport aux fiches Mémoire des Hommes, est la filiation qui est citée, du moins lorsqu’elle est connue. Normalement, la fiche matricule apporte cela, et c’est probablement à partir du livret militaire que les actes de décès ont été dressés.

Arrêtons nous un instant sur quelques cas. Le premier sera celui de Reko Onedraogo (nom puis prénom selon la fiche MdH) qui devient, sans grande surprise Reko Ouédraogho dans le registre de Menton.

Actes en ligne de la Grande Guerre

On trouve plusieurs cas similaires, où rien dans l’acte de décès ne vient vraiment contredire ce qui se trouve sur la fiche malgré une transcription des noms un peu différente. Un « Bourahima » qui devient « Bourakina », un « Moussa Couloubaly » enregistré à l’état-civil de Menton en « Moussa Kolombal », un soldat du 73è BTS selon Mémoire des Hommes qui est au 28è BTS selon son l’acte, et quelques lieux de naissance qui migrent à Ouagadougou. Au fond, rien de bien surprenant.

Et puis, une curiosité. Un acte de décès qui correspond manifestement à deux fiches.

Actes en ligne de la Grande Guerre
Actes en ligne de la Grande GuerreActes en ligne de la Grande Guerre

Mais là, qui a raison ? Dans un premier temps, j’ai pensé que les deux fiches concernaient un seul et même soldat, d’autant que celle que je connaissais est au nom d’un certain « Ouaga Dougou », ce qui est assez suspect. L’autre est au nom de Tinaocha Tasembedo, ce qui sonne beaucoup mieux. Et l’acte de décès tel que dressé à Menton concerne « Tinaogo Tasambao Ouago Dougou », né à Samsalouga Doulougou. Mais en réalité, puisqu’il y a deux fiches sur Mémoire des Hommes, il s’agit peut-être de deux personnes que le hasard a fait disparaître le même jour, si loin de leur terre natale. On ne peut pas trancher avec ces seules pièces. D’ailleurs, il est peut-être impossible de trancher car cette fiche au nom de «Ouuaga Dougou» paraît vraiment très suspecte.

A l’exception de cette curiosité, la mise en ligne de l’état civil des Alpes Maritimes ne m’a pas vraiment apporté d’élément nouveau en ce qui concerne les burkinabé. Cependant, je voudrais noter ici deux constats :

  1. En parcourant les registres, on voit une grande quantité de soldats africains : j’ai repéré des noms qui semblent burkinabé, mais aussi beaucoup d’autres actes concernant d’autres colonies
  2. Pour la majorité des actes que j’ai trouvé de Menton, je n’ai pas trouvé de sépulture référencée dans la base des Mémoire des Hommes, ni d’ailleurs dans les relevés de MemGenWeb. Autant pour les soldats du Nord, il est certain que beaucoup des soldats morts sur le front ont ensuite été transférés là où leur famille se trouvait, autant les soldats coloniaux devraient avoir une sépulture près de là où ils sont décédés.

Voilà. Dans le contexte des données de la Grande Guerre(5), ces actes de décès enfin disponibles n’apportent finalement pas grand-chose, si ce n’est pour certains une filiation assez imprécise mais qui pourrait permettre de mieux situer ces soldats. Cependant, même si cela peut paraître sans grande utilité, je continuerai de relever les références des actes lorsque je trouverai maintenant un soldat décédé dans ce département. Et je ne doute pas d’en trouver encore beaucoup.

  1. Du Nord le plus souvent mais aussi du Pas de Calais voire de départements plus éloignés puisque les monuments et les livres d’or réunissent les noms de natifs des lieux mais aussi de soldats (et parfois de civils) qui avaient un autre lien avec la commune qui a voulu leur rendre hommage.
  2. Un effets pervers de la décentralisation est que chaque département décide de ce qu’il peut et veut mettre en ligne, avec une interprétation plus ou moins étroite des directives de la CNIL, en particulier pour les actes de décès auxquels on applique trop souvent un délai de plus de cent ans qui nous prive encore de bien des informations concernant les victimes de la guerre.
  3. Affirmation à tempérer par le fait que je n’ai qu’une vue partielle en raison de l’avancement de l’indexation : il n’est pas impossible que pour les soldats plus jeunes, et arrivés plus tardivement peut-être, les proportions changent.
  4. Les Alpes Maritimes ont pris le parti de ne proposer en ligne que les registres ne comportant aucun acte qui pourraient sortir du cadre plus ou moins défini par la CNIL. Autrement dit, si dans une petite commune les décès et les naissances ont été notées dans le même registre, il faudra attendre encore pour les consulter via internet.
  5. Chacun admettre qu’en revanche, pour les généalogistes concernés par cette région, c’est bien sûr très intéressant

Publié dans 14-18, Généalogie

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