Papa

Publié le par Paddygenéalo

Tu ne liras plus mes petits articles sur ce blog qui de temps en temps te parlaient de tes ancêtres à toi, qui sont aussi les miens.

Ce 9 août, au petit matin, alors que naissait un nouveau jour, tu es parti. Nous n’avons pas pu parler, je n’entendrai plus ta voix, tu ne répondras plus au téléphone. Ce fut brutal, mais au moins t’a-t-on épargné une longue agonie. Rupture d’anévrisme. Si ce n’était pas toi, je dirais que ce fut une belle mort.

Mais voilà, c’est toi. Et la mort d’un père, c’est horrible, c’est monstrueux, on ne peut pas l’accepter. Je ne l’accepte pas. Tu n’étais pas si âgé, tu n’avais même pas atteint tes 84 ans, je pensais que nous avions encore du temps, beaucoup de temps. Tu allais bien, nous ne savions pas que dans ton corps, une catastrophe se préparait, sournoisement.

Ce lundi là, tu es allé te promener avec maman, vous pensiez sans doute à l’anniversaire de vos 60 ans de mariage qui arrivait, le dimanche suivant. Vous avez rencontré M Dujardin, mon instituteur, qui t’avait trouvé en pleine forme… Oui, tout allait bien.

Et puis, ce soir là, tu as ressenti une terrible douleur dans le ventre. Tête de mule que tu étais, tu ne voulais pas appeler les secours. Maman a tout de même réussi à le faire. Les médecins de l’hôpital ont tout tenté. Quand je suis monté dans le train le lendemain, j’allais voir mon père malade. Et puis, ma sœur m’a appelé, au moment où je dépassais la sortie de la gare du Nord. J’ai compris que c’était beaucoup plus grave, que peut-être je ne te reverrais pas.

Je suis arrivé à Douai, nous sommes allés te voir. Tu étais couché, calme. Le médecin nous a expliqué que tu avais subi une très lourde intervention, qu’on ne pouvait pas savoir comment tu en sortirais. Je gardais espoir. Je voulais y croire. Et puis dans la nuit, ma sœur est venue me réveiller. L’hôpital venait de l’appeler : ton état s’était aggravé et nous devions venir immédiatement si nous voulions te revoir vivant. Nous avons réveillé maman. Nous avons aussi réveillé tes deux petites filles qui étaient là. Maman, ma sœur et moi sommes partis.

Les appareils nous indiquaient que ton état s’était dégradé. Ceux qu’on avait ajouté, ceux qui affichaient des chiffres qui disaient que la vie, petit à petit, se retirait de toi. Ton cœur battait de moins en moins. Et à un moment, ta fille et ton fils ont su que tu étais parti. Maman te tenait la main.

Nous sommes sortis. On t’a enlevé tous ces tuyaux et nous avons pu te revoir, une dernière fois. Tu avais retrouvé figure humaine, mais tu n’étais déjà plus là.

Nous sommes rentrés. Nous avons dû dire à tes petites filles que leur grand-père ne reviendrait pas.

Les jours qui ont suivi, nous t’avons rendu visite encore. Les pompes funèbres t’avaient habillé, et t’avaient rendu des traits plus proches de ceux que nous connaissions. Drôle de travail que celui-là mais qu’il me soit permis de remercier ces gens qui nous ont montré tant d’humanité. Je suis allé à la mairie, celle de Dechy puisque l’hôpital de Douai est installé son territoire. On est allé souvent ensemble tout près, la salle de basket était là. C’est donc mon nom qui figure à côté du tien sur cet acte. C’est celui-là, et non celui d’un inconnu, que liront nos descendants, généalogistes du futur.

Et puis, il a fallu te dire adieu. Ta famille, tes amis, se sont réunis dans cette église Notre-Dame de Douai. Je veux croire qu’il y a un dieu, ou au moins un au-delà, où tu as retrouvé ceux qui sont partis avant toi. Ton petit-fils. Tes parents et tous les autres… Tes petites filles ont parlé, elles ont dit qu’elles t’aimaient. On a lu des textes. C’est moi qui ai choisi l’Apocalypse, texte magnifique qui parle d’un monde nouveau et d’une vie éternelle. Faut-il y croire ? Tu vis. Tu es en moi.

Non, je ne crois pas beaucoup à la vie éternelle de l’Eglise catholique, ni à celle des autres religions. Et pourtant… Oui, pourtant j’ai vu cette lumière. J’ai vu, j’ai senti cet univers où le temps est aboli. Trop abstrait, trop grand sans doute pour l’esprit humain.

On t’a conduit au cimetière. Tu y reposes près de ton père et de ta mère. Je sais que tu es ailleurs, tu es partout. Tu es en moi.

Alors oui, je suis allé, nous sommes allés, ma petite femme et moi, à l’église Saint Pierre, trop immense pour le Douai d’aujourd’hui. Le prêtre a dit ton nom, il a prié, sincèrement. Et moi, je t’ai parlé, j’ai parlé à Saint Jean aussi, encore, le faisant messager auprès des esprits qui t’entourent. Au fond, c’est à eux que je m’adressais. Et à toi.

N’appelle pas Maman trop vite : le temps n’existe plus pour toi, mais il nous entoure, nous qui sommes de ce monde ci. Elle te rejoindra. Un jour. Laisse la nous encore un peu. Nous l’aimons. Nous t’aimons.

Publié dans Généalogie

Commenter cet article

Roland 04/09/2017 11:10

Texte qui me touche beaucoup. Sincères condoléances. Je peux aussi confirmer : on ne se remet pas de la mort d'un père (le mien est parti en 2003 et j'ai tourjours du mal à accepter).

Paddygenéalo 05/09/2017 15:03

Merci. On n'accepte pas, peut-être finit-on par s'habituer. Chacun use d'artifices, moi j'ai écrit quelques mots.