Douai 14-18 Introduction

Publié le par Paddygenéalo

Il ne sera pas possible d’en rester à une seule page pour Douai et ses 1143 noms figurant sur l’un ou l’autre des monuments(1) ou au livre d’or. Rien qu’une liste des noms est assez difficile à faire tenir, j’ai donc décidé de la découper, et je ferai une page récapitulative ensuite, avec aussi un lien depuis ici. D'ailleurs, j'ai déjà commencé avec les civils (2).

Sans doute aurait-il fallu décrire l’occupation, mais tel n’était pas l’objectif direct de ces pages regroupant les « Morts pour la France » de l’arrondissement. On devine ce qu’elle fut, avec ses privations, avec le régime militaire imposé à tous, avec aussi des combats toujours assez proches finalement, et à certains moments des obus visant l’ennemi mais n’épargnant pas forcément la population. Sans oublier la résistance à l'occupant, avec ses victimes, ni les otages pris par les allemands. La ville ne s’est jamais vraiment de remise de cette période. Certes, les destructions de la seconde guerre furent terribles, avec des bombardements presque quotidiens, mais l’âme de Douai a sans doute été détruite pendant la première. La place d’armes fut défigurée, la sauvegarde du beffroi tient presque du miracle.

Douai 14-18 Introduction

Douai, j’y suis né. Mon père et son père aussi. Et c’est à peu près tout dans la liste de mes ancêtres dont beaucoup ont vécu aux alentours, parfois s’y sont mariés, mais n’étaient pas Douaisiens, n’étaient pas « vint d’osier ». La ville de mon enfance était encore marquée par les destructions de la seconde guerre mondiale mais je ne savais pas alors que beaucoup de ces bâtiments qui paraissaient anciens à mes yeux d’enfant n’avaient été édifiés que dans les années 1920, lors de la première reconstruction.

Les villes ne sont pas éternelles, ou plutôt leurs lieux disparaissent. Presque tous les commerces que j’ai connus enfant ont fermé. Les grands, comme les « Nouvelles Galeries » et les petits, comme la mercerie Liagre ou la boulangerie Leflon, pour en rester à « mon » quartier de la rue de la massue. Les marronniers de la place St Amé sont partis… et même son marché, désormais uniquement le samedi(2) est bien différent, moins dense, moins grouillant que celui que je traversais en rentrant de l’école. D’ailleurs, à propos de marché, il y a bien longtemps que le marché aux volailles, que j’ai connu rue des foulons, se limite à la venue, une fois de temps en temps d’un marchand place St Amé, mais qui achète encore des poulets vivants ?

A vrai dire, si je connais assez bien les rues de Douai, ce sont surtout celles de la ville, à l’intérieur des anciennes fortifications, aujourd’hui le tracé des boulevards qui l’entourent, qui me sont vraiment familières et parfois, lors de mon inventaire des soldats, j’étais bien incapable de situer avec précision les lieux cités, en particulier à Frais-Marais, un peu moins à Dorignies, alors qu’en centre-ville je voyais presque toujours le lieu même si certains rues ont été rebaptisées depuis cette époque.

Car au-delà d’un hommage à ceux qui sont tombés il y a maintenant un peu plus d’un siècle, c’est aussi d’histoire qu’il s’agit, même si ce n’est pas seulement la grande, celle qui est dans les livres. Moins de la moitié des soldats, et civils, répertoriés sont nés à Douai. Certes, beaucoup venaient de l’arrondissement, ou du reste du Nord-Pas-de-Calais, mais un nombre assez important venait d’autres régions, même si on oublie ceux dont la présence sur les listes douaisiennes reste assez inexpliquée. Clairement, au début du XXè siècle, la région minière et industrielle du Nord est au cœur de l’activité du pays et elle attire ceux qui cherchent un travail, ou un poste important (dans la justice notamment, pour Douai) . A vrai dire, je serais mal placé pour en être surpris puisque mon grand-père y est né d’un père du Gers et d’une mère parisienne dont la famille avait ses racines dans l’Oise, à la limite de l’Aisne.

Cela a bien changé. Non seulement, on ne vient plus habiter à Douai, mais on en part. Là encore, comment, en ayant passé l’essentiel de ma vie d’adulte en région parisienne, et un peu aussi à l’étranger, pourrais-je m’en étonner ? La fin de la mine, et aussi celle des industries qui ont été délocalisées, ont changé la donne. Même la batellerie n’est plus ce qu’elle était, les grands convois ayant remplacé les péniches, et la navigation sur la Scarpe urbaine ayant cessé depuis longtemps.

Ainsi va la vie. Les habitants comme les commerces sont partis à la périphérie. Même les cliniques et l’hôpital sont sortis de la cité : on ne nait plus, on ne meurt plus non plus à Douai… Il m’est arrivé encore récemment de parcourir les rues de la ville. Les rues secondaires n’ont guère changé depuis mon enfance, et probablement depuis bien plus longtemps. A l’exception de quelques pavés qui ont été remplacés par du bitume. C’est plutôt l’axe principal, de la place L’Herillier à la place Carnot, qui a beaucoup changé : pas tellement les immeubles, à part la disparition des « magasins généraux », ni la rue elle-même, passé par des migrations plus ou moins piétonnières, mais plutôt ce qui s’y trouve. Moins de monde, moins de magasins et surtout presque plus de commerces vraiment locaux (sauf bien sûr, mais pour combien de temps, « L’Homme de Fer »). Les enseignes franchisées, avec leurs façades identiques partout, se sont imposées. Enfin… à peu près car leur durée de vie n’est en général pas bien longue.

Le sens de l’histoire, dira-t-on, qui voudrait que la population d’urbanise, c’est-à-dire se concentre dans les grandes et surtout très grandes agglomérations, que le commerce de proximité et son rôle de lien social disparaissent, et qu’à la fin nous soyons tous pareils les uns aux autres.

Peut-être, mais j’ai la faiblesse de penser que c’est pour imposer ce monde là que la guerre de 14, avec le massacre qu’elle fut, a été déclenchée. Alors ne l’oublions pas, et pensons à sa projection dans le monde d’aujourd’hui.

Voilà, le décor est planté. Les prochains posts seront plus « 14-18 »

Quelques images des années 70...
Quelques images des années 70...
Quelques images des années 70...
Quelques images des années 70...
Quelques images des années 70...
Quelques images des années 70...

Quelques images des années 70...

  1. Le Monument aux Morts principal de Douai, situé près de la porte de Valenciennes, ne porte pas de liste de noms. Cependant un « livret d’inauguration » existe et comprend ces noms. Par ailleurs, il existe un tableau à l’Hôtel de Ville avec les noms des victimes des guerres, militaires comme civils, et aussi deux monuments dans les « hameaux » de Frais-Marais et Dorignies.
  2. Je découvre juste après avoir posté cette page un document extraordinaire sur la vie à Douai pendant la guerre: les carnets de Mathide Scaillierez
  3. Deux fois dans la semaine, le mardi et le jeudi je crois, il y avait un petit marché, sans doute déjà le reste d’un marché plus important, où ne venaient guère que quelques marchands, ou maraîchers de Sin-le-Noble.

Publié dans 14-18, Lieux

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