Douai 14-18 Quelques cas remarquables

Publié le par Paddygenéalo

C'est sûr, avec plus de 1000 noms, il y a des cas sur lesquels, en indexant, je me suis arrêté, frappé par une situation ou un détail. J'en ai sélectionné quelques uns. Ils ne méritent pas plus d'être mis en lumière que d'autres, il n'y a aucun jugement de valeur. Ce sont juste quelques exemples, cités ici par ordre alphabétique.

Robert Bacouël

Son destin en soi n'a rien de particulier: il a fait son service militaire de 1906 à 1908. Il a été libéré avec le grade de sergent. Ensuite, il a vécu en Belgique puisque sa fiche matricule indique un domicile à Bruxelles en 1911. D'ailleurs, il s'est marié en 1913 à Molenbeck St Jean ainsi qu'il est noté en marge de son acte de naissance.

Et puis, comme tout le monde, le 03 août 14, il a été "rappelé à l'activité". Il passe au 92 RI le 23 mai 1915, mais aucune information particulière ne figure sur la fiche. Bien sûr on pourrait consulter le JMO du 92 RI pour en savoir plus. Il est tué le 15 mars 1916, à Souain mais le JMO ne cite que les noms des officiers tués ou blessés, pas les sous officiers et hommes de troupe. De plus, à la date du 15 mars il ne contient qu'un laconique "les éléments du régiment mettent un peu d'ordre dans leur matériel".

Mais ce qui m'a frappé dans son cas intervient plus tard, le 31 décembre 1919, quand son décès est transcrit à Douai.

L'officier d'état civil qui signe l'acte n'est autre que le propre père du soldat, Félic Bacouël, pharmacien et adjoint au maire.

Jules Auguste Bassée

Voilà un cas bien différent. S'il figure ici, c'est que la mention "Mort pour la France" ne lui a été accordée que le 14 décembre 2016.

Né le 15 février 1875 à Douai, il est mort le 12 décembre 1914 à Boulogne-sur-Mer, à l'hôpital.

Raoul Briquet

J'ai déjà évoqué Raoul Briquet mais il s'agit d'un cas hors du commun. Député, né le 4 novembre 1875 à Douai, il est mort le 25 mars 1917 à Bapaume.

La ville venait d'être libéré et Raoul Briquet, député du Pas-de-Calais s'y rend et visite la mairie. C'était sans compter sur la perfidie de l'ennemi qui avait laissé une bombe (l'acte de décès, PARIS 8D158 Acte 121, dit "explosion d'une mine") dans l'hôtel de ville de Bapaume.

Raoul Briquet (Site de l'Assemblée Nationale)

Raoul Briquet (Site de l'Assemblée Nationale)

Léon Charles Clainquart

C'est le doyen des soldats Morts pour la France répertoriés à Douai. Des soldats ordinaires du moins car plusieurs officiers étaient plus âgés. Il était né le 2 mars 1872 à St Amand les Eaux.

Il a fait son service militaire entre 1893 et 1896, en Afrique du Nord, d'abord en Tunisie puis, les six derniers mois en Algérie.

Il ne s'est jamais marié, ou si jamais il l'a été, cela n'a pas été noté sur son acte de naissance, et ce n'est pas mentionné non plus sur son acte de décès.

Durant la guerre, il semble avoir été utilisé comme ouvrier et c'est une bombe qui a atteint le chantier où il travaillait qui l'a tué. Dans les Vosges. Comme tenu de la rédaction de son acte décès, sa mère lui a très probablement survécu.

Le plus vieux militaire est Charles Clément Drouault, commandant au 55 RA, né le 21 janvier 1857 à Paris (9è).

Constant Campens

Il n'y a aucune raison objective de citer ici Constant Campens. Il est né à Flines les Râches le 11 mai 1880, et est mort à Doullens le 26 janvier 1915, de "maladie contractée en service".

Un destin malheureusement banal. Il était domicilié à Jollin, Hainaut (Belgique) et ses parents habitaient Râches.

Mais pour moi, il a une particularité remarquable: il est né le même jour, et dans la même commune que mon arrière-grand-oncle Adolphe Blanchart. Et mon arrière-arrière-grand-père François Blanchart est témoin et signe en bas de l'acte.

Oh, bien sûr, c'est sans rapport avec la guerre. C'est même dans l'absolu très anodin. Mais n'ai je pas prévenu?

Charles Alexis Benoit Foucart

Né à Leforest, Pas-de-Calais mais à la limite du Nord et à deux pas de Douai, le 15 mars 1871, il est mort à Dechy, aussi à quelques pas de Douai, le 5 août 1914. 

La fiche matricule dit "Tué accidentellement à Dechy en revenant de présider une commission de réquisition de chevaux". La fiche Mémoire des Hommes, une fois n'est pas coutume est plus explicite. Et donne une idée de ce que pouvaient ressentir bien des civils.

Douai 14-18 Quelques cas remarquables

Ceux de Maubeuge

La reddition de la place forte de Maubeuge, je l'ai citée souvent et beaucoup de communes de l'arrondissement ont eu des hommes capturés le 7 septembre 1914.

Cet épisode de la guerre, je ne le connaissais pas. C'est en faisant quelques recherches sur mon arrière-grand-oncle Adolphe Blanchart, le mari de la tante Jeanne, auquel j'avais consacré un article en 2016, que j'ai découvert la chute de Maubeuge.

L'oncle Adolphe est revenu, et il est mort en 1946. Je ne l'ai donc pas connu et en réalité ai assez peu entendu parler de lui. Mais il se trouve que sa veuve, quand j'étais enfant, était la dernière survivante de cette génération au sein de notre famille. Alors forcément, je le sens plus proche.

Liste de ceux qui sont morts en captivité et de ses suites:

  • Amédée Stanislas Beauvois né le 27/07/1876 à Waziers mort le 02/03/1919 à Douai 59 Caporal 3 RIT
  • Jules Léon Davoisne né le 19/09/1879 à Douai mort le 10/02/1915 à Münster Allemagne Soldat 3 RIT
  • Achille Dujardin né le 27/04/1878 à Douai mort le 24/07/1921 à Douai 59
  • Jules Dumarquez né le 16/12/1875 à Douai mort le 05/11/1919 à Douai 59 Soldat 3 RIT
  • Alfred Jalotier né le 29/03/1876 à Auby mort le 11/09/1918 à Berbersdorf Allemagne Soldat de 2è classe 3 RIT
  • Léon Lambour né le 17/04/1877 au Cateau mort le 11/01/1917 à Sierre Suisse Soldat de 2è classe 3 RIT
  • Henri Legland né le 29/07/1878 à Faumont mort le 09/01/1919 à Limburg an der Lahn Allemagne Soldat 3 RIT
  • Albert François Eugène Leroux né le 30/05/1882 à Arques mort le 07/07/1915 à Wesel Allemagne Soldat 3 RIT
  • Charles Manouvrier né le 03/01/1877 à Râches mort le 16/05/1918 à Amsdorf Allemagne Soldat 3 RIT
  • Gustave Poulain né le 19/06/1874 à Quéry-la-Motte mort le 11/02/1915 à Friedrichsfeld Allemagne Soldat 5 RIT
  • Jules Quoirez né le 14/04/1872 à Vermellles mort le 14/02/1915 à Meschede Allemagne Soldat 1 RAP
  • Gaston Theron né le 31/08/1872 à Villers-Campeau mort le 17/12/1917 à Pessac 33 Adjudant-Chef 345 RI

Bien sûr, beaucoup d'autres, comme l'oncle Adolphe, sont revenus. Mais je doute fort que leur captivité en Allemagne ait été un joyeux séjour en colonie de vacances...

Georges Emile Louis Rousseau

Né le 29 décembre 1884 à Lys-les-Lannoy, il est devenu vétérinaire à Lyon. Sa fiche matricule, qui devrait être à Clermont-Ferrand où il était engagé volontaire, sans doute en raison de ses études, y est introuvable.

Son nom figure sur une plaque commémorative du ministère des colonies. Et il figure sur les listes du Monument aux morts de Douai bien que son absence de la base de Mémoire des Hommes ne plaide pas vraiment pour un lien direct entre ce décès et la guerre.

Mais ce qui m'a fait retenir son nom dans cette liste est le lieu surprenant de sa mort: à Mopti au Mali, sur le Niger (en fait c'est le Bani qui passe à Mopti et rejoint le Niger un peu plus loin). Je suis allé à Mopti en 1982 et j'imagine qu'en 1917 l'endroit ne devait pas être si différent.

A Mopti (en 1982)

A Mopti (en 1982)

Charles Marie Salone et Georges Emile Salone

Voilà un cas hors du commun, et je ne sais même pas si d'autres existent. Georges est le père de Charles et tous deux sont Morts pour la France. Bien sûr, des cas de père et de fils MPLF de 14-18, il y en a certainement d'autres. Mais ici, le père n'est pas mort au combat.

Georges Emile Salone était notaire et fait partie des otages du Nord internés à Holzminden (voir Persée), il est décédé à Douai le 4 décembre 1917 des suites de sa captivité.

Charles Marie Salone, né à Douai le 26 mars 1898 est dit étudiant en droit sur sa fiche matricule. Il est mort le 1 septembre 1918 à Pontoise, des suites de blessure de guerre. 

 

Louis Joseph Watteau (Musée de la Chartreuse, Douai)

Louis Joseph Watteau (Musée de la Chartreuse, Douai)

Il me fallait un séparateur, alors c'est Watteau (Antoine Joseph, neveu de Jean Antoine, et donc aussi un cousin fort éloigné) qui s'y est collé... Le tableau montre les géants de Douai, Gayant et famille, devant le beffroi, en 1780. Bien longtemps avant cette maudite guerre. Bien longtemps avant la destruction presque totale de cette place. Et même bien avant la construction, au XIXè siècle de la seconde partie de l'hôtel de ville.

Mais ces soldats qui quittèrent Douai pour n'y plus revenir, certainement, ont gardé l'image du beffroi. Et peut-être, dans le vacarme du champ de bataille, entendaient-il le son du carillon.

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