De Marie Jeanne à Marie Jeanne

Publié le par Paddygenéalo

Le 25 juillet 1722, soit il y a 298 ans au moment où j'écris cela, Marie Jeanne Duchateau est décédée, vers les quatre heures du matin à Blaton(1). Elle était épouse d'Antoine Gosset et fut inhumée le lendemain. Selon le curé, elle était âgée de 50 ans environ. Et selon moi de 56 ans puisqu'elle était née, toujours à Blaton, le 21 mai 1666.

Ses descendants, parmi lesquels mes sosa 1422 Martin Gosset, 711 Marie Joseph Gosset, 355 Alexandrine Merlin, 177 Marie Thérèse Blanchart, 88 Pierre Joseph Blanchart(2), et enfin François Eugène Blanchart sont nés aux aussi à Blaton.

C'est François Eugène qui arrivera en France, à Bouvignies(2) plus précisément. J'ai une affection particulière pour Bouvignies que j'ai déjà évoquée ici. Et il y rencontrera Eugénie Blervaque à qui il fera un enfant, François Blanchart, mon sosa 22 soit mon arrière-arrière-grand-père né le 24 juillet 1848. Eh oui, à un jour près on aurait pu citer trois membres de la lignée pour la même date. François, né à Bouvignies se marie à Flines lez Raches en 1872 avec Victorine Delannoy. De cette union naîtront 10 enfants dont 5 mourront en bas âge. Parmi les autres, quelques "oiseaux rares" déjà évoqués, et une fille, Berthe, mon arrière-grand-mère qui aurait pu, à quelques mois près, me connaître.

Berthe, à son tour, aura un enfant hors mariage, prénommé Francis, qui sera reconnu et légitimé lors de son mariage avec Henri Lassère en 1901.

Enfin, le 25 juillet 1902 va naitre Marie Jeanne(4) Lassère, 180 ans jour pour jour après le décès de l'autre Marie Jeanne. Evidemment, c'est une coïncidence, mais chacun a le droit d'y voir ce qu'il veut.

Cette nouvelle Marie Jeanne, c'est ma grand-mère, c'est à dire qu'elle est le lien entre ces ancêtres que je ne connais que par des documents et parfois quelques souvenirs et le monde tel que je l'ai vu et le vois.

De Marie Jeanne à Marie Jeanne

Mamie, c'est ainsi que nous l'appelions, est la seule de mes grand-parents à avoir connu certains de ses arrières-petits-enfants. Mais le temps passe et la petite fille de la photo est à son tour mère de famille, et cela aussi a déjà été évoqué.

Alors aujourd'hui, pour évoquer ma grand-mère, qui aurait 118 ans maintenant, ce sont des souvenirs plus anciens que je voudrais noter avant qu'ils ne s'en aillent encore plus.

De Marie Jeanne à Marie Jeanne

Oui, cette photo est de bien piètre qualité, mais peu importe. Je ne peux même pas dire que ce soit un souvenir que j'ai en mémoire, elle a été prise le jour de mes deux ans. J'étais ce jour là, comme tous les enfants le jour de leur anniversaire, le centre du monde. Tiens, en l'écrivant je constate que soixante ans plus tard, rien n'a changé puisque pour ses deux ans, celle dont je suis à mon tour le sosa 6 a aussi été le centre du monde. Ainsi va la vie... Mamie est donc sosa 25 pour elle.

Mais si la qualité de la photo est bien faible, elle place mamie dans le contexte où je l'ai connue, la maison de la rue St Jean à Douai.

Je n'ai pas souvenir d'avoir souvent dormi là bas, juste quelques fois où les cousins lillois étaient venus pour plus d'une journée. C'est vague, déjà presque effacé. Même si restent quelques images de matins où nous sortions à gauche rue Saint Jean, puis nous dirigions vers la poste, passions par la boulangerie et rejoignions la place d'armes et les Nouvelles Galeries, au sous-sol, pour le rayon alimentation. A l'époque, cette place était occupée en son centre par un parking et les voitures circulaient tout autour. Cela a bien changé.

Place d'Armes Douai 1976

Place d'Armes Douai 1976

Et puis, il y a les vendredis. Je ne sais pas pour quelle raison nous allions rue St Jean le vendredi. D'ailleurs, je ne sais même plus si c'était régulier. Ce qui est sûr, c'est que nous mangions du poisson. C'est bizarre comme les souvenirs sont sélectifs. Et c'était avant que pépé ne prenne sa retraite, donc c'était mamie seule qui s'occupait de nous. De nous? Au vérité, je n'en sais rien. Je me rends compte en l'écrivant que tout cela est encore plus loin que je ne le croyais.

Au fond, je n'ai pas de vrai souvenir. Juste des images qui s'enchaînent. La grande table de la cuisine, la toute petite armoire en fer où on trouvait surtout, autant que je m'en souvienne, des vieux journaux. Et à droite, juste face à la porte d'où on entrait dans la pièce en venant du couloir, le buffet.

Ah nous avons dû lui en donner, du travail, à mamie, avec nos découpages...

Ces souvenirs, trop vagues, vont des années 60 à 1981, lorsque je suis venu, un jour de septembre leur dire au revoir (ce jour là aussi a déjà été évoqué). Bien sûr, mamie, je l'ai revue après mais le monde avait changé, ce n'était plus celui de l'enfance où les grands-parents sont éternels.

J'ai souvenir, mais est-ce bien réel, de m'être parfois arrêté rue St Jean en sortant du lycée, qui était proche. A l'époque, le téléphone était rare, on se rendait visite. C'était forcément bref, juste "bonjour" en passant, parce qu'il n'y avait pas beaucoup de nouvelles à échanger, nous nous voyions souvent, au moins chaque semaine. On ne se rend pas compte à cet âge là combien ces moments ordinaires sont en fait précieux.

Sans doute aussi à l'époque n'étais-je pas un grand amateur de ses crèmes au café ou de ses tartes, ni probablement de la langue vinaigrette de certains repas de famille. Hélas aujourd'hui tout cela est bien loin.

Et le patois. Mamie ne nous a jamais parlé patois, parce que le patois, ce n'était pas bien. En revanche je me souviens de son incompréhension, voir de sa réprobation quand subitement le patois est revenu à la mode, quand on a retrouvé les poèmes de notre grande Marceline(5) et qu'on les a enseignés. Pour elle, l'école c'était le français et le patois n'y avait bien sûr pas sa place. Je crois que le seul mot patois appris d'elle est "buresse"(6).

Il y avait aussi deux photos, l'une de pépé, l'autre de mamie, que j'avais prises dans le jardin, un été, et tirées, en noir et blanc, en format 18x24, qui étaient encadrées sur un mur de la salle à manger. J'ai toujours les négatifs, il faudrait que je les numérise.

Les années 70, celles des "histoires belges"... On se moquait (plus ou moins gentiment) de nos "amis belges". C'était parfois féroce: "belge" était quasiment devenu synonyme d'idiot... C'est alors que mamie m'appris que nous descendions de belges. Elle ne savait pas bien à quel point ni vraiment comment mais "il y a des belges" m'avait-elle dit. Etait-il raisonnable de se moquer de ses propres ancêtres? A l'époque, bien sûr, je ne savais pas que beaucoup plus tard je remonterais notre histoire sur plusieurs générations, précisant que ces belges venaient de Blaton(7).

Et encore moins que je relierais ces deux Marie Jeanne séparées par neuf générations.

  1. Blaton, ancienne commune belge en région wallonne devenue une section de la commune de Bernissart depuis la réorganisation de 1977.
  2. Environ 40km de Blaton à Bouvignies, même à l'époque ce n'est pas très loin
  3. Oui, Pierre Joseph Blanchart est bien né d'un père inconnu en 1794 à Blaton, en pleine période révolutionnaire et alors que le pays était occupé successivement par à peu près toutes les armées européennes... Sa mère s'est ensuite mariée avec un certain Eloi Limelette d'où il aura 5 frères et soeurs.
  4. Jeanne Marie pour l'état civil mais je l'ai toujours connue comme Marie Jeanne et d'ailleurs sa fête était le 15 août.
  5. Marceline Desbordes-Valmore bien sûr, qui a écrit quelques textes en patois du nord.
  6. "buresse" désigne une femme dont le travail consiste à laver les vêtements, le terme figure dans un des textes en patois de Marceline.
  7. Comme beaucoup de nordistes, j'ai aussi d'autres ancêtres belges, dans d'autres branches: il n'y a aucune frontière naturelle, et pas de barrière linguistique (on parle picard au nord comme au sud de la frontière, et même le wallon, parlé plus à l'est est globablement compréhensible).

Publié dans 1J1Ancetre, Généalogie

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