Jean, je finirai par savoir
Avec le confinement, certaines informations qui seraient passées inaperçues en temps normal deviennent l'occasion d'améliorer sa connaissance. Ainsi, hier, j'ai vu passer cette nouvelle selon laquelle les archives de Seine Maritime avaient mis en ligne les recensements. Aussitôt, je me branche sur leur site et tente de voir ce qu'il y aurait à Sotteville, au recensement de 1936. Mais sans une adresse, c'est aiguille dans la botte de foin.
Là, je pense à Rouen, et à l'acte de mariage obtenu il y a quelques semaines, celui de la fille de Jean, Odette, la cousine dont mon père ignorait l'existence. Ce document, postérieur au décès de Jean, ne m'apprenait pas grand chose mais il donne les adresses des mariés et de leurs parents. La mère d'Odette, dont je connais plus ou moins l'histoire ultérieure, est dite domiciliée à Paris, rue des Couronnes. Malheureusement, le recensement de 1936 est bien disponible en ligne, et c'est le plus récent, mais elle ne devait pas habiter là au moment où il a été réalisé. Elle n'y figure pas.
Restait donc Odette. Elle est dite domiciliée "rue des Emmurés". Pas de chance, cette rue ne figure pas dans les registres de recensement mis en ligne. Probablement parce qu'elle se situe dans le canton 6 de Rouen alors que seuls les cantons 1 à 5 sont proposés pour 1936. Mais pour le recensement précédent, celui de 1931, il y a bien un canton 6 et la rue, bizarrement appelée "Place des Emmurés".
Ainsi, Odette vivrait à Rouen avec sa grand-mère en 1931, ce qui est assez cohérent avec les informations données par son mariage en 1936.
Seulement voilà, il y a aussi un recensement de 1936 disponible pour Neuilly sur Seine, et notamment à la dernière adresse de son père, celle qui figure sur son acte de décès, 197 avenue de Neuilly.
Mais peut-être faut-il lire "abs", sans doute pour "absente", tout à fait à droite de la ligne la concernant. On pourrait alors conclure qu'elle est à Rouen et non avec ses parents qui, eux en revanche, sont bien domiciliés ensemble, ce dont on aurait pu douter.
Mais alors, autant continuer l'exploration des recensements rouennais. Celui de 1926 indique la même chose que celui de 1931, Odette est chez sa grand-mère sans sa mère, mais celui de 1921 n'est pas inintéressant.
Odette vit avec sa mère, à la même adresse que sa grand-mère (dont les noms et prénoms sont inversés) mais pas dans le même appartement. On constate aussi que son grand-père Ernest Rocher n'est pas cité: il est donc probablement décédé entre 1913 et 1921, comme son autre grand-père Joseph Castéra, décédé à Paris en 1916.
Si j'ajoute à cela quelques autres éléments connus, notamment ceux de la fiche matricule de Jean, son mariage en 1913, la naissance d'Odette en 1915 et le peu que je sais de sa faillite en 1924 à Douai, je commence à en savoir plus. Je note au passage que mon grand-père, son frère donc, "se retire rue de la Grange aux Belles" à la fin de son service militaire le 15/05/1923 mais qu'il se marie dans le Nord le 23/02/1924, étant alors domicilié à Douai avec sa mère. Hélas, pas de mention de Jean, dont on peut penser qu'il était présent puisque nous sommes alors en pleine période de l'activité de "Frixon et Castéra" qui devait faire faillite un peu plus tard. Cela dit, il est aussi possible que l'usine ait été à Douai et le siège ailleurs, à Paris peut-être. Mais je suis convaincu que la présence à Douai de mon grand-père, et de sa mère, est liée à l'activité de Jean.
Les recensements auront tout de même permis d'avancer un peu, même si tous les mystères autour de Jean sont loin d'être levés, en particulier les circonstances de son décès.
Et puis, même si c'est anecdotique, force est de constater qu'il y a des rapprochements surprenants: la rue des Emmurés à Rouen est, à vol d'oiseau, à environ 300m de l'île Lacroix, repaire de bateliers, où était domicilié mon grand-père maternel lorsqu'il a été appelé sous les drapeaux en 1918, où est décédée, aussi en 1918, sa propre grand-mère Estelle Dartois.


