Un demi-siècle, épisode 2 « A nos maîtres »

Publié le par Paddygenéalo

J’ai profité du cinquantenaire de la rentrée des classes 1966 pour évoquer le souvenir de l’école annexe de l’école Normale d’instituteurs de Douai(1). Je voudrais poursuivre dans cette voie, cette fois en pensant plus spécialement à nos maîtres.

La classe de M Montois, 1966-1967

La classe de M Montois, 1966-1967

Celui qui apparaît sur la photo, celui du CM1, c’est M Montois. Mais je voudrais commencer par les autres. Je n’en ai connu que trois. Le dernier fut M Bienaimé, dont je n’ai que peu de souvenir. Peut-être parce que c’était sa première année à l’école, peut-être aussi parce que cette année-là fut quelque peu raccourcie par ce qu’il est convenu d’appeler les évènements de mai 68, qui furent pour nous les plus longues vacances puisque même si l’école repris brièvement en juin, l’année fut de fait interrompue en mai quand, un matin, nous trouvâmes porte close. C’était la grève. C’est bizarre, je me souviens d’images de la classe de CE1, qui était la même que celle du CP, j’avais juste changé de place. J’ai aussi des images de celle de CM1. Mais le CM2, non.

Revenons donc aux deux premières années, CP et CE1, dans la classe de M Dujardin, celui qui nous apprit à lire. Etrangement, j’ai gardé le souvenir du premier jour de classe, ou plutôt d’un évènement particulier de ce jour-là, le moment où on attribuait à chacun un porte manteau, dans le couloir. Nous ne savions pas lire, alors notre place était identifiée par une étiquette comportant un dessin. Je me souviens très précisément que le maître, avant de nous laisser entrer en classe pour la première fois est passé auprès de chacun d’entre nous pour vérifier que nous avions bien retenu notre place et le motif qui la marquait. « Aux six carottes » répondis-je fièrement, et le maître précisa « aux carottes » puisque je n’étais pas sensé en connaître le nombre, même si on nous avait appris cela à l’école maternelle(2). Je ne peux en être tout à fait certain mais il me semble qu’au moment où j’écris cela, M Dujardin est encore de ce monde(3). Alors, si jamais ces quelques lignes parvenaient jusqu’à vous, sachez combien, plus d’un demi-siècle plus tard, je vous suis reconnaissant, et je suis sûr que mes camarades ont le même sentiment. Ceux qui n’ont pas connu l’école de ce temps-là, qui était sans doute encore celle de la grande idée de l’école publique, laïque et obligatoire, penseront que j’exagère, que vous ne faisiez que votre travail. Mais je sais que c’était bien autre chose, que c’était beaucoup plus.

Il est temps, puisque je ne consacrerai pas tellement de lignes à nos maîtres, de passer à M Montois. Vous n’êtes plus de ce monde, je ne crois pas tellement aux âmes, mais je vais tout de même m’adresser à vous. Oui, nous vous appelions « maître » et « monsieur », et même nous ignorions votre prénom. Vous étiez sans doute en avance sur votre temps pourtant : avec vous, le sport faisait partie du programme, nous allions à la piscine ! A l’époque, c’était tout à fait inhabituel. Nous faisions aussi du sport sur les terrains, et dans le gymnase parfois, de l’Ecole Normale. C’est vrai, nous avions cette chance de pouvoir utiliser des installations qui, bien sûr, étaient absentes des autres écoles. Avec le recul, je comprends mieux tout cela.

Je ne vous ai pas souvent revu. Parfois, quand nous passions devant chez vous, avec Jean-Pierre, et que vous étiez à jardiner, nous nous arrêtions, pour vous saluer. Et puis, nous sommes partis loin de Douai, je n’ai pas eu l’idée de venir vous rendre visite. J’entendais parler de vous, parfois, par mes parents qui vous avaient vu. J’ai appris que vous nous aviez quitté, je ne sais plus trop quand. Mais vous vivez toujours dans notre souvenir.

Je pourrais évoquer quelques images, quelques moments qui me reviennent. Ils paraîtraient sans doute saugrenus aux générations nouvelles. Tiens par exemple, quand nous faisions du chant en suivant à la radio, je crois, les indications d’une voix lointaine.

Je préfère me rappeler un moment particulier. A l’occasion de la fête des pères, nous faisions en classe un dessin, avec sans doute un message « bonne fête papa ». Il se trouve que l’un de nos camarades était orphelin de père(4). Comme nous, ce jour-là, il a dessiné, avec soin. Mais à la fin de l’exercice, il s’est levé et c’est à vous qu’il a remis ce cadeau. Je vous vois encore. Je vois votre émotion, et croyez-moi, celle qui me prend au moment où je pense à cela n’est pas rien.

Faut-il vraiment en dire plus ?

Notes

  1. Elle s’appelait ainsi à l’époque, juste école annexe, en précisant « de garçons » ou « de la rue d’Arras » puisqu’il y avait aussi l’école annexe « de filles », ou « de la rue d’Esquerchin ». Ce n’est que plus tard qu’on lui a donné un nom, Jean Andrieu.
  2. Au fond, j’aurais peut-être dû me consacrer à une compilation de souvenirs de cette école maternelle, que nous appelions « des pigeons » car oui, il y avait un pigeonnier dans la cour. Et un bassin, avec de l’eau, et un bac à sable. Les hygiénistes ont dû réclamer l’élimination du pigeonnier, les cons.
  3. Une estimation me dit qu’il doit être nonagénaire…
  4. Si jamais ces lignes te parviennent, tu te reconnaîtras.

PS:

J'ai essayé de corriger ces fautes que l'écriture au clavier aime tant alors que la plume d'autrefois, avec son encre bleue, les évitait si doucement. A moins que la menace du "5 fautes, zéro" n'y fût pour quelque chose...

Publié dans Lieux

Commenter cet article